Il a suffi d’une promenade au Parc Barbieux, patrimoine roubaisien bien connu pour son calme et sa tranquillité, pour mettre fin à 50 ans de tolérance ! Je pensais sincèrement avoir conservé quelque indulgence pour les enfantillages de mes congénères mais une séance d’aérobic de quinquagénaires conformes aux standards du jeunisme ambiant a ébranlé mes convictions. Imaginez une cacophonie épouvantable agressant vos tympans, une scène ahurissante se déroulant sous vos yeux dans un cadre majestueux, n’auriez-vous pas, vous aussi, la désagréable sensation de ne plus être à votre place dans cette société-là ?

Je n’ai rien contre les coachs sportifs. Ils font leur travail de sportifs et aident ceux qui le désirent à retrouver un dynamisme perdu. Autrefois, je fais ici allusion à la classe la plus aisée de la société, les hommes conservaient leur vitalité grâce aux salles d’armes et à l’équitation, les femmes par l’équitation pour les plus fortunées mais il fallait leur trouver une activité plus énergique et accessibles à toutes : alors furent inventés, dans les années 1880, les chevaux hygiéniques (Cheval en bois monté sur un pivot vertical mobile au milieu d’un châssis. Le pivot est relié au châssis en avant et en arrière par de forts ressorts à boudin. Par une succession d’efforts, on imprime à ces ressorts un mouvement alternatif de tension et de détente qui donne l’illusion du galop selon la définition du Grand Larousse encyclopédique) que l’on trouvait au Jardin du Luxembourg. Ces chevaux, que certains ont peut-être connus enfants, étaient alors une distraction pour adultes, « le nombre de ressorts placés sous l’animal ainsi que sa taille déterminaient le degré de difficulté » et l’on pensait que l’effort fourni pour basculer le cheval d’avant en arrière était bénéfique pour la santé. Une manière ludique de se dépenser. Accessibles à tous, ces chevaux provoquaient rires et gaité sans vulgarité et sans ridicule indécent. Devant la fascination des enfants, d’autres chevaux adaptés à leur taille firent leur apparition, devenant ainsi les ancêtres des jeux sur ressorts qui font, aujourd’hui, la joie des petits.

Mais ce souci hygiénique avait commencé en Angleterre dès le XVIIIe siècle plus exactement à partir des années 1740, « un inventeur britannique a commercialisé un fauteuil mécanique supposé aider les gentlemans ayant un peu trop abusé de la bonne chère à garder la ligne en faisant de l’exercice sans sortir de chez eux.

Cheval de chambre, cheval d'intérieur, dessin du XVIIIème siècle

Le « cheval de chambre » (qui, en réalité, n’a de cheval que le nom) est en quelque sorte le vélo d’appartement de l’époque. Le principe est simple : on s’assoit sur un siège monté sur plusieurs étages de ressorts, qui, sous l’effet du poids appuyé d’un bord puis de l’autre, sont supposés reproduire le mouvement du dos d’un cheval. John Wesley (un homme d’église important du XVIIIème) avait installé le sien dans sa salle à manger, et recommandait d’en faire une demi-heure par jour ! » https://www.liseantunessimoes.com/galoper-dans-son-salon-avec-un-cheval-hygienique/ mais la mode en passera très vite puisque dès 1817 personne ne se sert plus de ce meuble encombrant.

Cheval de chambre

En revanche, dès les années 1860, un génial orthopédiste Gustav Zander (1835-1920) comprenant l’importance des exercices physiques (et Rabelais bien avant lui avec son Mens sana in corpore sano qu’il avait piqué à Juvénal, en en détournant le sens ) et pour aider aux entraînements de gymnastique, inventa la mécanothérapie créant l’Institut thérapeutique Zander à Stockholm, dans lequel il soignait principalement des enfants et des travailleurs. Il conçut des machines, ancêtres de celles que l’on trouve dans tous les club de fitness du monde, pour corriger les problèmes physiques congénitaux ou causés par un accident.

Après avoir repensé à toutes ces femmes et tous ces hommes qui firent leurs exercices dans la retenue et la réserve, l’indiscrétion, l’impudeur de ces gens suant, hurlant, se ridiculisant devant quelques badauds me jeta dans un indicible malaise. Il me fallait m’éloigner de ce spectacle navrant. Mais je n’étais pas arrivée au bout de ma consternation. Des hypocondriaques nerveux en recherche d’une santé de fer, des femmes soumises à un mari ou à un dictat quelconque, des hommes sans éducation regardant leur épouse souffrir sous un djilbab sombre et crasseux, des enfants refusant l’effort de leurs petits muscles, des cyclistes pensant battre des records grâce à l’assistance électrique de leur vélo et des religieux rétrogrades s’essayant à la modernité, passaient et repassaient devant mes yeux ébahis.

C’est notre monde, notre société, notre modernité et l’on doit vivre avec en regrettant un monde dans lequel existait encore la dignité, la pudeur, la discrétion, la tenue enfin le savoir-vivre.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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