Qui se souvient de François de Nion ? Quelques mots pris sur Wikipédia : « François Doré, comte de Nion, dit François de Nion (1856-1923), est un romancier et auteur dramatique français.  Né d’un père ministre plénipotentiaire, signataire du traité de Tanger en 1844, François de Nion entre à sa suite dans la diplomatie pour devenir attaché à l’ambassade de Paris, puis de La Haye. Démissionnaire en 1881, il entame sa carrière littéraire en écrivant pour La Nouvelle Revue. En 1888, il assure avec Casimir Stryienski la publication du Journal inédit de Stendhal. Il est directeur de La Revue indépendante de 1889 à 1891, époque à laquelle il publie ses premiers romans. Ses premiers succès lui viennent à partir des Façades (1898), « roman d’aventures mondaines », qui a pour ambition de mettre à nu les « façades » de la haute société parisienne, et qui se termine par une description du terrible incendie du Bazar de la Charité. À partir de 1907, il écrit aussi pour la scène, tout en contribuant, avec des contes et des critiques littéraires et théâtrales, à de nombreuses revues. »

François de Nion

Cet écrivain, en 1909, publiait des Contes sportifs et fantasques : la dépêche de Mars  dans cet ouvrage se trouve une très courte nouvelle intitulée : L’auto de guerre et la dernière bataille (2093) dont voici un extrait : « Le général était assis à sa table devant un clavier semblable à celui d’un piano et sur les touches duquel ses doigts en frémissant se posaient parfois. En face de lui les bandes d’un cinématographe projetaient sur un écran les tableaux successifs du combat lointain dont des objectifs saisissaient sur les lieux les différentes phases expédiées de là au moyen de la téléconographie, ou transmission électrique de l’image. Ainsi le chef des milliers d’hommes qui luttaient à quelques kilomètres assistait aux moindres détails de l’action, y intervenait, frappant des doigts les touches d’ivoire pour déterminer les déploiements des troupes, ordonner les décharges d’artillerie ou provoquer l’explosion des mines. » Étonnant, non ? Cela me rappelle les nouvelles techniques de guerre mises au point par les ingénieurs et stratèges de tous poils et dont le scénario de Good Kill s’est inspiré, inspiré et de la réalité et pourquoi pas de la téléconographie !

Quelques années auparavant, il avait connu le succès grâce à son roman : Les Façades. Un petit bijou ce roman dans lequel François de Nion dépeint le monde de l’aristocratie et de la bourgeoisie argentée qui s’entremêlent pour retrouver de l’argent pour les uns; pour posséder un titre pour les autres. N’oublions pas qu’en 1895, Boni de Castellane, l’illustre dandy à la mode, ouvrait la porte à ces mariages, en épousant la roturière américaine Anna Gould, fille d’un des hommes les plus riches et des moins scrupuleux des Etats-Unis, Jay Gould qui avait eu cette phrase ignoble :  » I can hire one half of the working class to kill the other half » ( Je peux embaucher la moitié de la classe ouvrière pour tuer l’autre moitié.) François de Nion, qui appartenait à la même classe sociale que Boni en fut-il offusqué ? Quoi qu’il en soit un des grands moments de ce livre est la réplique d’un jeune aristocrate face à un bourgeois capitaliste qui s’émerveille de l’exploitation de jeunes orphelines, trouvant cette méthode révolutionnaire : tiens, mais n’est-ce pas ce que font aujourd’hui, 120 ans plus tard, nos capitalistes ! Petit détail savoureux, la connivence de l’Eglise non pas avec l’aristocratie mais avec la bourgeoisie détentrice de l’argent. Aujourd’hui, l’Eglise et les ONG (l’église laïque, en quelque sorte), sans jamais remettre en cause l’ordre établi, travaillent à soutenir les malheureux du Tiers-monde qui suent sang et eau pour les grands capitalistes.

Il est impensable aujourd’hui en 2021 de voir un jeune homme ou une jeune fille de la haute société prendre la défense de la Commune : en ont-ils déjà entendue parler, puisque cette période essentielle de l’histoire n’est plus étudiée. J’aime l’idée qu’en1898, un jeune aristocrate, un Villiers de L’Isle Adam peut-être, défend la Commune. Voici donc l’extrait qui d’une part rappelle les discours du Médef et d’autre part met en avant l’éducation nobiliaire qui repose sur l’honneur et non sur le pouvoir de l’argent : « On entendit la voix de Grandier affirmer. — On n’a plus d’ouvriers aujourd’hui, ils ne veulent pas travailler.— Ainsi, mon chemisier me disait l’autre jour qu’il ne pouvait faire face aux commandes, parce que, même avec des surpayes, il ne trouvait personne. — Alors, savez-vous ce qu’il a fait? — Il faut dire que c’est un homme très intelligent, et qui a les reins solides. — Eh bien, il a été obligé de créer un orphelinat en province pour avoir la main-d’œuvre à bon marché. C’est magnifique comme installation, paraît-il; électricité, téléphone, lessiveuses à vapeur, tous les nouveaux perfectionnements pour la blanchisserie.— Et il a fait à lui tout seul tous les frais; ce sont des sœurs qui dirigent l’affaire. La marquise s’attendrit, dit à son fils Hubert. — Tu entends, Hubert, ce que dit Monsieur des Ormes*; pour ce chemisier. C’est admirable ce qu’il fait là cet homme. Tu devrais te fournir chez lui, c’est une bonne œuvre à encourager. — Lui, c’est un coquin qui exploite de pauvres petites malheureuses. Il se retourna vers Madame de Rabutin, reprit leur causerie à voix basse. — C’est vrai. Quand j’entends dire des choses comme ça, j’ai toujours envie de crier : Vive la Commune. — Ça serait drôle, si ça vous prenait tout d’un coup ici. — Voulez-vous? Dites que ça vous fait plaisir. — Restez donc tranquille. Vous ne me ferez pas croire que vous êtes républicain. — Fichtre non, je ne suis pas républicain. Mais je, suis communard. — Taisez-vous donc. — Non, c’est vrai. Pour un homme comme il faut il n’y a que deux drapeaux : le blanc ou le rouge. Il n’y en a plus de blanc aujourd’hui; j’aime mieux le rouge que le tricolore avec la légitimité régicide à la clef. »

Étonnant, non ?

 * En fait Grandier qui par son mariage peut se prévaloir d’un nom à particule rajouté à son patronyme.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s