La vie est un éternel au revoir. Aujourd’hui, 28 Mai 2021, ma fille a trouvé son premier appartement. Dans un mois, je ne l’entendrai plus écouter ses musiques, je ne ramasserai plus ses vêtements, je ne m’affalerai plus sur le canapé en la prenant dans mes bras … Ma vie va être tellement différente, il faut que j’apprenne à vivre au quotidien sans ses rires ou ses larmes. Nous nous retrouverons comme je retrouve mon fils, mais arrive toujours le moment de l’au revoir.

Tout passe, tout lasse, tout casse dit le proverbe alors l’on essaie de retenir la vie : les objets, les photos, une lettre, l’écriture de la personne aimée sur une liste de courses, un parfum … Mais rien n’y fait, la vie coule entre nos doigts crispés sur nos souvenirs.

Je suis spectatrice d’un monde qui s’écroule, d’une société qui n’est plus la mienne, d’une politique dans laquelle je ne retrouve plus mes valeurs, des mouvements qui ne ressemblent plus aux mouvements ouvriers de ma jeunesse. Je suis une vieille dame qui tente désespérément de comprendre ce qui se passe autour d’elle. Comment sommes-nous arrivés à ce degré d’individualisme, de nihilisme, de soumission ? J’entends et je vois des évènements qui auraient soulevés des foules dans les années d’après guerre et aujourd’hui les foules regardent sans broncher les pires atrocités. Où sont les hippies qui refusaient la guerre au Vietnam ? Où sont les Black Panthers qui se battaient pour faire reconnaître leurs droits ? Où est cette jeunesse de 68 qui croyait pouvoir changer la société ? Tous embourgeoisés ! Tous bien aises dans leur confort, tous peureux à l’idée de le perdre. Adieu les beaux slogans, adieu les idées généreuses : il faut préserver notre sweet life ! Et quelle est-elle cette sweet life ? Un habitat Ikeaisé ou Habitatisé, un vélo et une trottinette électriques, l’écran dernier cri, le retro projecteur, un téléphone Apple et aussi l’ordi et aussi le MacBook et aussi l’Apple tablette Ipad, pour rester jeun’s il faut jouer aux jeux vidéos, aux jeux de rôles, il faut être un adulescent comme disent les médias. Un adulescent, rien que le mot m’amuse ! Etre un adulte tout en restant un adolescent : je pense alors à cette génération d’adolescents qui en 1919, après le massacre de leurs aînés, demandaient à être considérés comme des adultes et que leurs parents refusaient d’entendre, s’obstinant dans l’idée qu’une jeune fille de 18 ans devait se marier avec un homme de 30 ou 40 ans qui avait passé sa jeunesse à jeter sa gourme et à s’enrichir. Combien furent sacrifiés sur cet autel du conformisme bourgeois ! En 2021 soit 100 ans plus tard, nous vivons l’exact contraire : les parents s’inquiètent de voir leurs enfants, tous sexes confondus, vouloir demeurer de grands adolescents, le plus souvent ridicules.

Je me trouve bien amère aujourd’hui. Et comment ne le serai-je pas, amère ? Le monde de haine, de guerres, d’assassinats, de racisme, d’inculture, de prétention, de magouilles politicardes, d’égoïsme et je pourrais continuer ainsi, longtemps, ce monde que ces adulescents acceptent sans broncher, me plonge dans une tristesse profonde et me pousse à me renfermer sur moi, chez moi. Où est cet espoir en l’humain qui m’a toujours soutenue, toujours poussée à me battre ? Peut-être qu’écrire est mon nouveau combat pour lutter contre la torpeur qui étouffe notre époque …

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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