Mon arrière grand mère avait été petite blanchisseuse avant de devenir la mère de 9 enfants. Elle avait fui l’Alsace de 1870 avec ses parents et avait grandi en banlieue parisienne. Elle avait subi ce que subissent les réfugiés : à savoir pas de pitié pour les femmes et les enfants, les mettre au travail et au plus vite. Aussi à 9 ans, elle était devenue petite blanchisseuse, avait porté le linge chez les riches bourgeois, avait été violée, avait eu un enfant, avait trouvé un de ces hommes tant décrié par les féministes modernes, un de ces machos qui ne faisait pas la vaisselle, n’aidait pas au ménage, lançait son assiette quand la soupe lui semblait fade mais qui aimait sa femme au point d’accepter en cette fin de 19è siècle d’épouser ce que l’on appelait alors une fille-mère (ce qui n’était pas un titre de gloire), qui lui fit 8 autres enfants, qui l’aima toute sa vie au point de chasser tout le monde lors de la veillée funèbre afin de dormir, une dernière fois, aux côtés de celle qui l’avait rendu si heureux, puis sa vie se passa dans l’attente d’aller la rejoindre. C’est en somme le portrait d’une grande partie des aïeux de pas mal de gens, rien de bien original.

Ce sont ces gens qui dérangent nos femens, elles sont persuadées que ce modèle et celui des bourgeois qui, selon elles, ne faisaient que des mariages d’argent, sont l’explication de tous nos maux. Ah ! si les femmes avaient été libres comme notre monde aurait été meilleur ! Quelle naïveté de penser qu’un monde gouverné par les femmes serait plus ceci ou plus cela : lorsque je vois Hillary Clinton ou que je repense à Margaret Thatcher, je me dis que la différence entre ces politiciennes et des politiciens ne tient que dans les lettres qui féminisent le mot.

Les Amazones, emblèmes des femmes libres, étaient des guerrières sanguinaires, les Grecs n’étaient pas assez naïfs pour penser qu’une femme, même mère, était  plus tendre, plus pacifique, plus altruiste qu’un homme. En revanche, ils les mettaient sur un pied d’égalité avec  les combattants, bel hommage en vérité !
Les malheureux Poilus avaient bien compris que les femmes n’étaient pas particulièrement plus pacifistes que ceux qui les avaient envoyés se faire tuer. Lorsque pendant 52 mois ils avaient souffert les damnations de l’Enfer, elles n’avaient pas protesté, pas manifesté contre leur massacre bien au contraire certaines allaient même jusqu’à les encourager à se faire trouer la peau : « Pense à Grand Père qui serait fier de te voir remplir ton devoir de bon Français […] Suzanne »

Seulement, ils n’étaient pas tous dupes nos braves pioupious : « Il faut que les femmes nous entendent, qu’elles sachent que c’est elles qui auront la plus grande responsabilité quand on fera demain le procès de la guerre. C’est surtout à elles qu’on doit qu’elle dure. Elles qui auraient dû s’opposer contre l’immonde folie, elles ont consenti à se prêter, à se donner, à se prostituer à la guerre » gémit Henry Poulaille devant les munitionnettes.

Je me souviens de ces femmes qui 60 ans plus tard s’égosillaient en hurlant ce slogan particulièrement niais : » Les femmes au boulot, les hommes aux fourneaux ». Ah ! Elles l’ont pris le boulot pendant la Grande Guerre, et à quel prix ! Mais, me direz-vous, ces pauvres femmes étaient sous le joug de l’homme et cette guerre les a libérées ! Enfin, les suffragettes se battaient déjà pour leurs droits.

 » Tu ne sais pas qu’il y a des suffragettes qui ont giflé des ministres, foutu le feu à des musées, qui se sont fait enchaîner aux réverbères pour le droit de vote ? Tu entends : pour le droit de vote !… Et pour leurs hommes, rien, pas une parole, pas un cri, rien !… […] Tu en connais une seule qui se soit jetée devant le train pour son mari ? Il n’y en a pas une qui ait insulté un ministre pour nous, pas une qui ne se soit collée sur les rails. On n’a pas eu besoin d’en repousser une seule ! […]. Elles nous ont envoyés là où l’on tue, là où l’on meurt. […] Ah ! c’est toi, le docteur ? Tiens, ouvre ma tête. Je ne veux pas de femme. Arrache… tire… » hurlait un soldat du fond de son désespoir*

*Andreas Latzko : 1876-1943 : Hommes en guerre (1917). Officier dans l’armée austro-hongroise, blessé sur le front italien en 1915. Ses œuvres furent brûlées par les nazis, il en avait trop dit et il se réfugia à Amsterdam. « Celui qui écrivit ce livre sort à peine de l’enfer : il halète; ses visions le poursuivent, il porte incrustée en lui la griffe de la douleur. Andreas Latzko restera, dans l’avenir, au premier rang des témoins, qui ont laissé le récit véridique de la Passion de l’Homme, en l’an de disgrâce 1914. » Romain Rolland.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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