« En route, qu’il dit. Et il fonce, projetant à droite et à gauche tout ce qui se trouve sur sa trajectoire. Zazie galope derrière. – Tonton, qu’elle crie, on prend le métro ? – Non. – Comment ça, non ? Elle s’est arrêtée. Gabriel stoppe également se retourne, pose la valoche et se met à espliquer.  – Bin oui : non. Aujourd’hui, pas moyen. Y a grève. – Y a grève. – Bin oui : y a grève. Le métro, ce moyen de transport éminemment parisien, s’est endormi sous terre, car les employés aux pinces perforantes ont cessé tout travail. – Ah les salauds, s’écrie Zazie, ah les vaches. Me faire ça à moi. – Y a pas qu’à toi qu’ils font ça, dit Gabriel parfaitement objectif. –J’m’en fous. N’empêche que c’est à moi que ça arrive, moi qu’étais si heureuse, si contente et tout de m’aller voiturer dans l’métro.Sacrebleu, merde alors.– Faut te faire une raison, dit Gabriel dont les propos se nuançaient parfois d’un thomisme légèrement kantien.» (Zazie dans le métro : Raymond Queneau )

Ah ! La joie du métro dans les années 1960 !

   Les transports en commun sont un des grands progrès de notre civilisation : Blaise Pascal inventa les carrosses à 5 sols que l’on inaugura le 16 mars 1662, quelques mois avant sa mort. Le XIXe, quant à lui, donna ses lettres de noblesse aux transports en commun que nous connaissons. Maxime Du Camp en parle longuement dans le tome 1 de Paris : ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il donne quelques chiffres : en 1855 la compagnie d’omnibus possédait 347 voitures et transportait 36 000 000 de voyageurs, en 1866, 664 voitures pour 107 212 074 voyageurs. A ces chiffres, il faut ajouter les voyageurs de banlieue : 3 430 252 et ceux qui empruntaient les omnibus sur rails : 1 401 474.

Et Maxime Du Camp de préciser : « On arrive au total énorme de 11 743 800 voyageurs pour une seule année. Ce chiffre prouve l’importance réellement générale d’un pareil service. S’il venait à manquer tout à coup, ce serait un désastre, et le Parisien ne saurait que devenir ».

omnibus sur rails ou tramway à traction animale

Après les omnibus, le tramway, vint le Métropolitain que Martin Nadaud réclamait pour Paris et le bien-être des Parisiens : « Le Métropolitain
J’ai à peine le courage d’énoncer ce titre dans mes souvenirs. J’ai pourtant bien désiré la construction du métropolitain et je l’ai demandée au conseil municipal de Paris et à la tribune de la Chambre, dans la séance du 21 juillet 1887. Puisque cet important projet a été momentanément abandonné parles élus de la ville de Paris, je me contenterai de mentionner ici le commencement de mon discours prononcé à cette occasion « J’avais espéré prouver d’une façon évidente que le métropolitain n’est pas une oeuvre purement parisienne, que c’est une oeuvre nationale. Le métropolitain fait partie de l’outillage du pays, comme nos fleuves, nos rivières, nos canaux, nos ports font partie de cet outillage.  Le conseil municipal décida, en 1872, qu’une commission serait envoyée à Londres pour étudier le métropolitain. J’avais vu commencer et terminer la première ligne de nos voisins. M Alphand qui était un homme distingué et très curieux, aimait assez à marcher à côté de moi pendant cette traversée, parce que je parlais un peu anglais. (On rit). « Ne riez pas, mes chers collègues, je vous dirai que peu d’années après mon arrivée à Londres, j’ai fait en public des conférences qui ne faisaient pas rire les Anglais ». Nous suivions la plus grande ligne du métropolitain, chacun des membres de la commission avait un journal à la main et pouvait le lire, l’air était  suffisant et la fumée n’incommodait personne. Alors, M. Alphand me dit : « Vous aviez raison de nous parler de l’utilité du métropolitain voilà une œuvre bien conçue et il serait facile d’en faire autant à Paris. » Puisque les conseillers municipaux ont décidé d’envoyer aux calendes grecques, cette vaste opération, je passerai sous silence la fin de mon discours, prononcé à la Chambre, le 27 juillet 1887. Quand nous arrivâmes à Londres, des membres du parlement anglais étaient venus nous attendre à la station de Cherring Cross et, le soir, nous fûmes invités à dîner chez le lord maire de la cité, qui, d’accord avec son conseil nous fit une réception des plus amicales. De nombreux discours furent prononcés, on choqua le verre à l’union, à la paix, à la prospérité des deux pays. Je croyais bien que plus rien ne devait entraver l’exécution de notre  métropolitain j’avais compté sans la routine parisienne. » (Mémoire de Léonard, ancien garçon maçon).

Inauguration de la station Martin Nadaud 1905

Et en effet, il fallut attendre près de 20 ans, mais cette merveille technologique vit enfin le jour grâce à l’ingénieur Fulgence Bienvenüe qui eût l’honnêteté de rendre hommage aux travailleurs qui avaient donné vie à ce projet :  « L’artiste imprime à son œuvre un sceau de personnalité alors que l’ingénieur est amené à se considérer comme l’artisan d’une œuvre impersonnelle. Car si, dans l’ordre technique, toute œuvre précise et concrète est bien le fruit de la méditation individuelle, la forme qu’elle revêt résulte de la synthèse d’un grand nombre d’efforts différents »

Fulgence Bienvenüe (1852-1936)

Notre époque a changé ! Je l’ai bien compris le dimanche 30 juin 2019 !  Les rames du métro lillois, inauguré en 1983, sont terriblement étriquées et s’asseoir relève de la compétition !  Pour une fois, j’appartenais au petit lot des gagnants.  Je m’apprêtais à savourer ma gloriole quand je vis une jeune femme enceinte, debout au milieu de la foule Je posai alors mon regard sur les 5 personnes qui étaient mes voisines de siège : 4 jeunes gens dans la force de l’âge : pas un ne bougea ! Une femme d’une cinquantaine d’années, dont le visage émacié accusait  l’ennui. Quelques secondes durant, je l’observai : avec son air de jeune fille boudeuse,  elle semblait afficher sa rébellion à la bienséance bourgeoise : petite tresse grasse, écouteurs et  touffe de poils longs et noirs sortant de ses aisselles pour s’étaler sur son débardeur blanc ! Mon opinion était faite !  Je me  levai donc et donnai ma place à la future mère.

C’est alors que me revint à l’esprit le texte d’Abel Hermant sur le duel. En 1935, alors âgé de 73 ans, ce dandy parisien s’insurgeait contre la suppression du duel. Il estimait que cette institution obligeait les blancs becs à rester corrects et polis. Le duel était, pour lui, la pierre d’angle du savoir-vivre : « […] je ne dirai pas que les mœurs sont plus mauvaises, je n’en sais rien, mais les mauvaises mœurs sont plus impudentes, et c’est presque un aussi grand mal. Quant aux manières, n’en parlons pas : la suppression de cet absurde duel a été le dernier coup porté à la bonne éducation française. »

Et oui fini le temps où les spectateurs retardataires attentaient sur un strapontin la fin de l’acte pour aller rejoindre leur place : on ne se permettait pas de marcher sur les pieds d’une femme ou d’un homme de peur de se retrouver sur le terrain. Il s’agissait pour ce genre de grossièreté d’érafler de la pointe de l’épée, la main du goujat, simple piqûre de rappel, en somme ! Pour impolitesse plus importante ou pour injures, l’on pouvait aller jusqu’à la mort !  Evidemment les mufles étaient moins nombreux !

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

2 réflexions sur “Les Transports en commun

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