Je me souviens de la jeune femme souriante, affable, accueillante et chaleureuse que j’étais mais les autres m’ont ôté toute l’empathie que j’éprouvais pour mes prochains. Aujourd’hui, sans pour autant être devenue une vieille aigrie, je ne supporte plus l’hypocrisie des sourires, des amabilités enfin des salamalecs qui font croire au monde que nous sommes policés et donc civilisés.

Lundi 12 Juillet 20h, le président Macron a balayé d’un revers de la main les droits fondamentaux inscrits dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : la dignité de la personne (le droit de disposer de son corps entre autres) et la liberté d’aller et venir. 25mn ont suffi à détruire mes derniers garde-fous : en 61 ans de vie jamais je n’avais vu une telle loi liberticide, mon monde s’écroule !

Vendredi 30 Juillet : des manifestations spontanées se suivent chaque samedi, de plus en plus importantes, des grèves commencent à pointer leur nez et les journalistes, au service de l’état, commencent à en parler en en minimisant l’importance et en lançant des diatribes, des incantations, des sermons contre la violence qui sévit dans notre société ! Et les Shadocks pompaient, pompaient …

61 ans et toujours en moi, cette révolte, cette colère contre l’injustice. L’injustice qu’a subie la petite fille aux nattes auburn, la jeune fille studieuse, la jeune femme sincère, la femme passionnée ! Toujours cette injustice qui me poursuit inlassablement comme la mort. J’ai vu, ceux que j’aimais, mourir pour que vive l’injustice, et je continue à la voir s’acharner sur ceux que j’aime. Toute ma vie, j’ai tenté de la combattre là où elle sévissait mais elle est toujours là : des enfants meurent de faim pendant que d’autres s’empiffrent, des femmes sont exploitées pour quelques euros pendant que d’autres affriolent les médias et les suiveurs, des hommes tentent de sauver ce qu’il reste de leur vie pendant que d’autres les bombardent pour s’enrichir et la liste serait longue et j’étouffe de rage devant ce monde que je ne peux changer. Où est-elle la Fée Bleue qui me donnait espoir en la vie quand j’étais une toute petite fille ?

Il pleut depuis des jours, parfois un rayon de soleil se rappelle à nous, la vie est triste en cet été 2021. Où sont les vacances de mon enfance, les joies bruyantes des départs, l’impatience fatigante des trajets et les arrivées tonitruantes sur les lieux de liberté ? Et pourtant, au milieu de ces souvenirs lumineux, je me souviens d’une injustice, la seule commise par ma mère. Mon turbulent de frère avait échappé à notre surveillance pour courir après une bouée que le vent poussait, mon père partit à sa poursuite et ma mère, sans que je m’y attende, me lança une gifle telle que sa bague marqua ma joue. Elle m’accusait injustement d’être la cause de son angoisse de mère. Jamais Maman n’avait eu ce genre d’attitude, mon monde d’enfant s’écroulait, et mes larmes ne cessèrent de couler que lorsque, mon frère retrouvé, Maman, revenant à la raison, comprit ce qu’elle m’avait fait subir et s’excusa en m’embrassant. J’étais heureuse, mon monde se reconstruisait mais cette injustice se rajoutait à celle que nous avions subie quelques jours auparavant. L’affront venait d’un restaurateur qui refusait de servir les étrangers maghrébins, nous dûmes nous lever et partir sous le regard des autres, ceux qui n’étaient pas des étrangers maghrébins.

En se mariant, Maman ne savait pas que la vie pour des enfants métissés (mélangés est le mot que la société employait alors pour désigner les enfants de père algérien et de mère française ou vice versa) serait aussi difficile, autant confrontés à l’injustice et à la haine. La vie est passée et je vis avec cette colère qui grandit au fil des injustices, des chagrins, des évènements sociaux, politiques, internationaux … parfois je me dis qu’elle me tuera cette compagne, elle sera plus forte que ma résistance et je partirai enfin débarrassée de l’inexorable cruauté de cette faucheuse.

A suivre …

Tous droits réservés :Jeanne Bourcier

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