Petite fille des années 60 ?  Je ne le regrette pas.  Je jouais avec mes frères, mes poupées, mes petits soldats et mes petits indiens, mon ranch, je lisais de merveilleuses histoires d’elfes et de fées, j’imaginais des amis cachés dans les murs et je les présentais à Maman qui était ravie de faire leur connaissance…., serais-je une nostalgique de mon enfance ?

Lorsque je vois des bambins scotchés sur le portable de leurs parents, je me raccroche désespérément au bonheur de vivre de la petite fille que je fus. J’ai assisté, dernièrement, à une scène qui m’a profondément attristée : un petit garçon voulait jouer avec ses parents mais trop occupés à jouer sur leur portable respectif, ils l’ont ignoré alors le petit garçon s’est assis par terre et a attendu que ses parents veuillent bien s’occuper de lui. Et je me suis souvenue des belles histoires que mes parents me racontaient lorsque, le matin, je sautais dans leur lit, de tout ce que Maman imaginait pour me faire patienter dans des lieux publics, des petits livres qui m’accompagnaient partout… enfin de tout ce que ma génération a connu.

Quel imaginaire, notre XXIe siècle veut-il offrir à nos enfants ?! A la télé, je regarde parfois, pour me tenir au courant, des émissions pour enfants : j’ai l’impression de m’être trompée de monde ! Des dessins affreux, des dialogues indigents et une histoire inexistante : pour apaiser mon angoisse, je me raccroche à mes souvenirs de Saturnin, le petit canard, et surtout ceux du Théâtre de la jeunesse de Claude Santelli ! Licencié es Lettres, il avait enseigné à l’Alliance Française, et le contact avec les élèves lui avait permis de développer une véritable réflexion sur la pédagogie et la transmission de la culture, évidemment nous sommes bien loin des ignares que les médias nous présentent comme des génies ! 

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i00017194/claude-santelli-sur-le-theatre-de-la-jeunesse

De fil en aiguille, je me retourne vers l’éducation donnée aux enfants aux XIXe siècle et encore une fois je constate, en relisant Théophile Gautier, que malgré mon âge j’appartiens plus à son siècle, qu’à celui des adolescents et des enfants que je vois évoluer autour de moi : « J’ai su lire à l’âge de cinq ans, et depuis ce  temps je puis dire, comme Apelles : Nulla dies sine linea.  (Nul jour sans une ligne) A ce propos, qu’on me permette de placer une courte anecdote. Il y avait cinq ou six mois qu’on me faisait épeler sans grand succès ; je mordais fort mal au ba, be, bi, bo, bu, lorsqu’un jour de l’an le chevalier de Port de Guy, dont parle Victor Hugo dans les Misérables, et qui portait les cadavres de guillotinés avec l’évêque de ***, me fit cadeau d’un livre fort proprement relié et doré sur tranche, et me dit : « Garde-le pour l’année prochaine, puisque tu ne sais pas encore lire. — Je sais lire, » répondis-je, pâle de colère et bouffi d’orgueil. J’emportai rageusement le volume dans un coin, et je fis de tels efforts de volonté et d’intelligence que je le déchiffrai d’un bout à l’autre et que je racontai le sujet au chevalier à sa première visite. Ce livre, c’était Lydie de Gersin. Le sceau mystérieux qui fermait pour moi les bibliothèques était rompu. Deux choses m’ont toujours épouvanté, c’est qu’un enfant apprît à parler et à lire ; avec ces deux clefs qui ouvrent tout, le reste n’est rien. L’ouvrage qui fit sur moi le plus d’impression, ce fut Robinson Crusoé. J’en devins comme fou, je ne rêvais plus qu’île déserte et vie libre au sein de la nature, et me bâtissais, sous la table du salon, des cabanes avec des bûches où je restais enfermé des heures entières. […] A travers tout cela, sous la direction de mon père, fort bon humaniste, je commençais le latin, et à mes heures de récréation je faisais des vaisseaux correctement gréés, d’après les eaux fortes d’Ozanne, que je copiais à la plume pour mieux me rendre compte de l’arrangement des cordages. Que d’heures j’ai passées à façonner une bûche et à la creuser avec du feu à la façon des sauvages ! Que de mouchoirs j’ai sacrifiés pour en faire des voiles ! Tout le monde croyait que je serais marin, et ma mère se désespérait par avance d’une vocation qui dans un temps donné devait m’éloigner d’elle. Ce goût enfantin m’a laissé la connaissance de tous les termes techniques de marine. Un de mes bâtiments, les voiles bien orientées, le gouvernail fixé dans une direction convenable, eut la gloire de traverser tout seul la Seine en amont du pont d’Austerlitz. Jamais triomphateur romain ne fut plus fier que moi.  Aux vaisseaux succédèrent les théâtres en bois et en carton, dont il fallait peindre les décors, ce qui tournait mes, idées vers la peinture. J’avais attrapé une huitaine d’années, et l’on me mit au collège Louis-le-Grand, où je fus saisi d’un désespoir sans égal que rien ne put vaincre. La brutalité et la turbulence de mes petits compagnons de bagne me faisaient horreur. Je mourais de froid, d’ennui et d’isolement entre ces grands murs tristes, où, sous prétexte de me briser à la vie de collège, un immonde chien de cour s’était fait mon bourreau. […] Quant à la nourriture du réfectoire, mon estomac ne pouvait la supporter ; je dépérissais si visiblement, que le proviseur s’en alarma : j’étais là dedans comme une hirondelle prise qui ne veut plus manger et meurt. On était du reste très-content de mon travail, et je promettais un brillant élève si je vivais. Il fallut me retirer, et j’achevai le reste de mes études à Charlemagne, en qualité d’externe libre, titre dont j’étais extrêmement fier, et que j’avais soin d’écrire en grosses lettres au coin de ma copie. Mon père me servait de répétiteur, et c’est lui qui fut en réalité mon seul maître. Si j’ai quelque instruction et quelque talent, c’est à lui que je les dois. Je fus assez bon élève, mais avec des curiosités bizarres, qui ne plaisaient pas toujours aux professeurs. […] Pendant que je faisais ma rhétorique, il me vint une passion, celle de la nage, et je passais à l’école Petit tout le temps que me laissaient les classes. Parfois même, pour parler le langage des collégiens, je filais, et passais toute la journée dans la rivière. Mon ambition était de devenir un caleçon rouge. »1

Théophile Gautier 1811-1872

Preuve on ne peut plus criante que ces hommes, qu’il est à la mode d’ imaginer différents de nous, étaient des enfants, des élèves et des sportifs comme nous avons pu l’être, nous les soixantenaires.

1/ Théophile Gautier : Portraits contemporains

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

Une réflexion sur “Joies de l’enfance

  1. Nous sommes légion à ne plus appartenir à ce siècle, en tous à ne pas s’y reconnaître. Je crains cependant que toute génération n’ait eu son regard sur la précédente…

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