Introduction : Pour en finir avec Hugo !

Hugo a écrit cela, a pensé ceci, Hugo a fait, Hugo a dit : toujours cité par un homme politique, un écrivain, un journaliste, un pékin, toujours à la Une d’un hebdomadaire ou d’un mensuel, Hugo le maître est devenu la panacée de la référence culturelle !

Moi et ceux de ma génération subissions, dès la Primaire, les dictées et les poésies de Victor Hugo, au collège, nous apprenions à rédiger, à commenter à partir de textes de Hugo, au lycée, nous commencions à en avoir par dessus la casquette du Père Hugo !

Dès mon plus jeune âge, j’ai découvert comment le XXe siècle s’était approprié Hugo à travers le film Les Misérables dans lequel Harry Baur interprétait Jean Valjean, c’était un film en noir et blanc qui m’impressionna fortement. Puis j’étais reconnaissante à Hugo puisque, grâce à sa Légende des siècles, il avait permis à mon père de perfectionner son français, d’impressionner ma mère et de faire accepter à ma grand-mère, un mariage qui n’entrait pas dans les mœurs de l’époque. Au collège, je me souviens d’un texte en particulier que j’avais étudié en 5eme. Dans mon livre scolaire La Pensée et la vie, ce texte extrait de la lettre XXIX du Rhin de Victor Hugo, s’intitulait : En malle-poste, une nuit fantastique :

 « Rien n’est comparable aux rêves d’un sommeil cahoté. On dort et l’on ne dort pas, on est tout à la fois dans la réalité et dans la chimère. C’est le rêve amphibie. De temps en temps on entr’ouvre la paupière. Tout a un aspect difforme, surtout s’il pleut, comme il faisait l’autre nuit. Le ciel est noir, ou plutôt il n’y a pas de ciel, il semble qu’on aille éperdument à travers un gouffre ; les lanternes de la voiture jettent une lueur blafarde qui rend monstrueuse la croupe des chevaux ; par intervalles, de farouches tignasses d’ormeaux apparaissent brusquement dans la clarté, et s’évanouissent ; les flaques d’eau pétillent et frémissent sous la pluie comme une friture dans la poêle ; les buissons prennent des airs accroupis et hostiles ; les tas de pierres ont des tournures de cadavres gisants ; on regarde vaguement ; les arbres de la plaine ne sont plus des arbres, ce sont des géants hideux qu’on croit voir s’avancer lentement vers le bord de la route ; tout vieux mur ressemble à une énorme mâchoire édentée. Tout à coup un spectre passe en étendant les bras. Le jour, ce serait tout bonnement le poteau du chemin, et il vous dirait honnêtement : route de Coulommiers à Sézanne. La nuit, c’est une larve horrible qui semble jeter une malédiction au voyageur. Et puis, je ne sais pourquoi on a l’esprit plein d’images de serpents ; c’est à croire que des couleuvres vous rampent dans le cerveau ; la ronce siffle au bord du talus comme une poignée d’aspics ; le fouet du postillon est une vipère volante qui suit la voiture et cherche à vous mordre à travers la vitre ; au loin, dans la brume, la ligne des collines ondule comme le ventre d’un boa qui digère, et prend dans les grossissements du sommeil la figure d’un dragon prodigieux qui entourerait l’horizon. Le vent râle comme un cyclope fatigué et vous fait rêver à quelque ouvrier effrayant qui travaille avec douleur dans les ténèbres. ― Tout vit de cette vie affreuse que les nuits d’orage donnent aux choses. Les villes qu’on traverse se mettent aussi à danser, les rues montent et descendent perpendiculairement, les maisons se penchent pêle-mêle sur la voiture, et quelques-unes y regardent avec des yeux de braise. Ce sont celles qui ont encore des fenêtres éclairées. Vers cinq heures du matin, on se croit brisé ; le soleil se lève, on n’y pense plus. »

Je tiens à faire remarquer la différence entre 1972 et 2021, sans pour autant passer pour une affreuse réactionnaire, en partageant les questions liées à ce texte :

Photo des questions de 5è sur le texte de Hugo

Je me souviens encore de mon enthousiasme à répondre à ces questions, de l’impression durable que ce texte me laissa : pendant des années, lorsque nous partions la nuit en voiture avec mes parents, je leur parlais de ce texte et devenue conductrice, seule dans la nuit je me le remémorais ! Mes parents devant mon obsession de Hugo m’emmenèrent visiter sa maison, Place des Vosges. Elle était toujours fidèle à Hugo, l’odeur de cire et de vieux papiers me transportait dans un monde que je regrettais et que je désespérais de n’avoir pas connu.

1975 fut une année Victor Hugo : éditions, films, théâtres : tous voulaient dignement souhaiter les 90 ans de la mort du Maître. Mes 15 ans se laissaient séduire par le Romantisme et curieuse de voir la pièce à l’origine du théâtre romantique, j’allai la voir. Elle était malheureusement montée par Robert Hossein, qui comme on le sait, aimait le grandiloquent, le pompeux. Malgré cela, je pus revivre dans mon imagination les scènes de la fameuse Bataille d’Hernani qu’un professeur de français exaltée, avait su nous rendre vivantes.

Dans la foulée, j’allai au Nouveau Carré, voir jouer Lucrèce Borgia, interprétée par Silvia Montfort. Cette tragédienne de talent ne pouvait que mettre en valeur le texte de Hugo, d’ailleurs écoutai-je seulement le texte, fascinée que j’étais par son interprétation magistrale ?

Oui, je fus une adepte de Hugo, je me laissais prendre au piège par le rayonnement du Maître, allant jusqu’à me passionner pour sa vie, lisant tout ce qui pouvait me renseigner sur cet homme génial qui, selon tous, avait fait le XIXe siècle, avait été non seulement une figure incontournable de la littérature mais aussi un redoutable polémiste, un homme d’action, un politique courageux ayant tenu tête à Napoléon III, prenant même la défense des Communards … En fait, tout ce qui a été fait de bien au XIXe siècle vient de près ou de loin de sa pensée. On arrive à se demander si le XXe siècle aurait existé sans lui ! Abolition de la peine de mort : texte de Victor Hugo, République : discours de Victor Hugo, résistance encore du Hugo, opposition toujours du Hugo et sur Facebook, des dizaines de citations authentiques ou inauthentiques, peu importe puisque cela était déjà pratique courante de son vivant. Mon mari, lui, a réussi l’exploit, dont il n’est pas peu fier d’ailleurs, de ne jamais être tombé dans le piège de la poésie hugolienne et il répète à qui veut l’entendre que sa lecture des Misérables et de Notre Dame de Paris lui procura le même plaisir que Rocky I ou Rocky II, rien de plus.

Je ne sais quel évènement précis transforma mon début d’hugolâtrie en hugophobie mais je me souviens du dégoût que j’éprouvais un jour pour Hugo. C’est alors que j’éprouvai le besoin de diriger mes recherches vers la lecture de témoins qui l’avaient connu, fréquenté et qui avaient pu constater que le Maître n’était pas toujours la hauteur de sa réputation ou bien qui possédaient encore assez d’indépendance d’esprit pour ne pas crier au génie avec la meute.

Allons, il me semble qu’il est temps, pour moi, d’en finir avec Hugo. Les textes que je partagerais au cours des publications seront toutes évidemment authentiques.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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