Maman était une chineuse hors pair et du plus loin que je me souvienne, je nous revois, en famille, à Clignancourt, Montreuil, Vanves, Kremlin Bicêtre, Picpus, le dimanche matin dès potron-minet, afin d’arriver avant les antiquaires qui venaient faire leurs achats sur ces marchés. Je nous revois aussi chez les brocanteurs, celui de Ville d’Avray mais aussi tous ceux qui se trouvaient sur la route des vacances. Que j’aimais fouiller avec elle, que j’aimais l’entendre discuter avec les brocs, que j’aimais entendre Papa marchander et j’étais toujours fière de constater que le prix de départ avait considérablement chuté. C’étaient des moments heureux où seule la joie de la découverte nous importait. Nous parcourions les allées des marchés et Maman, de son œil perçant, distinguait de loin, au milieu de babioles sans importance, l’objet qui l’appelait, qui lui était destiné.

Sa mort brisa, en moi, toute envie de chiner, et lorsqu’au hasard d’un vide-greniers, je tentais de retrouver ces sensations de bonheur qu’elle m’avait léguées pour la chine, je ne ressentais qu’une immense tristesse. C’est à la fin du mois d’août, à 61 ans, qu’au cours d’une balade chez des brocanteurs, je retrouvai cette sensation indescriptible, ce bonheur totalement égoïste de posséder un objet désiré. Cette émotion me ramena aux temps de ma jeunesse, au temps de mon admiration pour les objets hétéroclites que Maman m’apprenait à regarder, à aimer, à découvrir.

Quel bonheur de retrouver un regard émerveillé sur les objets qui m’entourent, que je retrouve, que je dépoussière, pour lesquels je trouve la place idéale. J’ai l’impression de leur redonner vie et de ressusciter une partie de moi-même que je croyais morte à jamais.

Il suffit de presque rien pour retrouver son âme première, celle qui n’a pas été déchiquetée par la mort, les trahisons, les épreuves diverses et variées dont la vie à le secret. Il me semble qu’en ce mois d’août 2021, j’ai enfin accepté mon destin, je n’ai plus de colère, ni de révolte : les choses sont ce qu’elles sont. Je ne pense pas avoir trahi la jeune fille passionnée que j’étais, je ne crois pas avoir dévié de mon chemin et il me semble avoir réalisé ce pour quoi je suis née.

J’ai 61 ans, une nouvelle étape, une nouvelle décennie. J’ai envie de voir mes enfants se réaliser, mes petits-enfants grandir, mon mari s’accomplir. Un bien-être m’envahit lorsque je vois ceux que j’aime, même si j’ai commis des erreurs envers eux, je sais que je leur ai donné le meilleur de moi-même afin que tout cet amour leur donne la force nécessaire pour qu’eux aussi puissent donner le meilleur d’eux-mêmes à ceux qu’ils aiment.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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