Entre 30 et 40 000 prostitué(e)s recensé(e)s en France aujourd’hui travaillent sur le trottoir, sur Internet, dans les salons de massage, dans les bars. Ce n’est pas faute d’avoir voulu éradiquer le métier le plus vieux du monde ! Tout le monde s’y est mis, mais malgré la fermeture des bordels, malgré les lois diverses et variées, les féministes, les mères de famille et j’en oublie, les parias sont toujours là. Il n’est pas question de faire ici une histoire de la prostitution mais de jeter un petit coup d’œil sur cette profession tant conspuée. Si la prostitution fut une institution religieuse respectée en Mésopotamie et en Inde, elle est aujourd’hui quelque peu éloignée de son rôle premier à savoir « ressourcer la force génitale des fidèles masculins » et à partir de ce rapport sexuel, on ne peut plus bénéfique, la dite force « étendra ses effets positifs à la fertilité des troupeaux et des sols. » Notre prostitution se rapproche plus de ce que les Grecs nous ont légué : d’un côté des esclaves dans un bordel, de l’autre des hétaïres, des esclaves affranchies devenues prostituées libres, qui savaient manier l’esprit, la conversation et le sexe : l’exemple donné depuis des siècles étant celui d’Aspasie, la compagne de Périclès. Le 19è siècle a continué la tradition, les autres siècles aussi d’ailleurs, mais mon dada étant le 19è, je me focaliserai sur ce dernier.

Ssouteneurs

Les prostituées appartenaient au monde de la rue, elles avaient souvent un souteneur et leur heure de gloire s’étend de la seconde moitié du 19è siècle à la première moitié du 20è. Les proxénètes ne se cachèrent plus et se montrèrent dans ce costume, devenu un signe de ralliement : la casquette, les rouflaquettes, le pattes d’éph’, l’accroche-cœur, le foulard et le tatouage. La fleur de bagne, terme du milieu pour désigner le tatouage, connut un immense succès à la fin du XIXe siècle. Malgré le danger d’être reconnu par la police à cause de ce signe particulier, les souteneurs, les apaches, les têtes brûlées tenaient à se faire marquouzer. C’était en effet le symbole de leur virilité, le passage obligé pour devenir « un homme bleu » et non plus un bleu, un rituel d’initiation en quelque sorte !

   Ce côté canaille et même crapule donnait des frissons aux bourgeois, les journaux leur donnait leur content de sensations fortes et de frissons mais ce n’était pas encore assez ! Il fallait aller rôder dans les cabarets en espérant frôler la racaille.

Bruant en fit sa fortune ainsi qu’il l’avoua au journaliste et critique Adolphe Brisson : « Pendant huit ans, j’ai passé mes nuits dans les bocks et la fumée ! J’ai hurlé mes chansons devant un tas d’idiots qui n’y comprenaient goutte et qui venaient, par désœuvrement et par snobisme, se faire insulter au Mirliton… Je les ai traités comme on ne traite pas les voyous des rues… Ils m’ont enrichi, je les méprise : nous sommes quittes ! », cela a le mérite d’être clair ! Ces insultes devenues célèbres donnaient des sensations à ces dames qui en faisaient profiter ces messieurs qui les accompagnaient : tout le monde était content. Imaginez, Bruant dans sa fameuse tenue de garde-chasse, sa cape noire, son écharpe rouge et son large feutre, debout sur une table, gueulant de sa voix de stentor : « Tas de cochons ! Gueules de miteux ! Tâchez de brailler en mesure. Sinon fermez vos gueules. » Et aux dames, qui pour donner le change, prenaient un petit air pincé, il lançait : « Va donc, eh, pimbêche ! T’es venue de Grenelle en carrosse exprès pour te faire traiter de charogne ? Eh bien ! T’es servie ! Vieille vache ! ». La bourgeoise avait ainsi l’impression d’être descendue au rang de la prostituée maltraitée et avilie par son voyou mais être une pute de bas étage n’est pas donné à tout le monde !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s