Souvenirs et impressions épars

13/ Antonin Proust, quels ministres de la Culture lui ont rendu hommage ? Car s’il existe aujourd’hui un ministère de la Culture, on ne le doit pas à De Gaulle et Malraux mais à Antonin Proust qui fut, lit-on dans Universalis, le premier, dans l’histoire de la politique culturelle française, [à avoir] la conviction qu’il fallait, pour avoir un ministère de la Culture fort, concentrer sous son aile les différents services qui étaient jusque-là éparpillés sous d’autres tutelles. En effet, dès 1792, l’administration des arts était rattachée au ministère de l’Intérieur, puis elle fut souvent dispersée entre le ministère de l’Instruction publique, le ministère des Travaux publics et le ministère du Commerce. Gambetta, qui nomma Proust, aura ces paroles prophétiques : « Vous avez été, mon cher ami, le premier ministre des Arts, vous serez vraisemblablement le dernier mais notre programme sera repris sous une autre forme, parce qu’il est dans la force des événements qu’il soit repris et exécuté. »

Antonin Proust 1832-1905

Ami d’enfance de Manet à qui il restera fidèle au-delà de la mort, il commence par le suivre après leur baccalauréat dans l’atelier du peintre Thomas Couture qui avait ouvert un atelier indépendant, en opposition aux Beaux-Arts, c’est là qu’Antonin Proust rencontrera Puvis de Chavannes, entre autres artistes. Il ne continuera pas dans cette voie, en revanche il sera toujours un ardent défenseur de l’art et des artistes. Très vite il se tourne vers le journalisme et surtout, comme beaucoup dans sa famille, vers le politique. Mais avant tout, comme les jeunes gens de bonne famille, il fit un long voyage, en Grèce, au Mont Athos, dont il tirera des souvenirs.

Surnommé en 1892 « le beau Proust, le dilettante d’art républicain » par Edmond de Goncourt, il ne se fit pas que des amis ainsi que le suggère la conversation entre Goncourt et Yriarte (critique d’art, inspecteur des Beaux-Arts) en 1893 : « Ce soir, la conversation d’Yriarte était instructive sur le gouvernement de l’art à l’heure actuelle. Il déclarait que lorsque les choses arrivaient à leur jugement, tout était arrangé d’avance de manière qu’ils n’eussent rien à essayer, à tenter, rien à faire – et cela par le biumvirat de Clemenceau et de Proust ».

Les Frères Goncourt : Edmond 1822-1896 Jules 1830-1870

En janvier 1882, il fonda avec Louis Nicod de Ronchaud l’Ecole du Louvre afin de former des conservateurs d’où son premier nom : École d’administration des musées. Voici le premier rapport de Ronchaud, administrateur du musée du Louvre et directeur de l’École d’administration des musées, du 11 avril 1882 : « Monsieur le Directeur général, (des Beaux-Arts)

Le décret du 24 janvier 1882 a institué l’École du Louvre. Il s’agit maintenant de l’organiser. […] Le titre d’école d’administration, dont s’est servi Monsieur le Ministre des arts, ne doit pas être pris à la lettre. Ce que Monsieur Proust a voulu créer au Louvre et ce que nous y devons, ce me semble, organiser c’est une école pratique d’archéologie et d’histoire de l’art. […] Cette école, telle que je la comprends, ne doit pas former seulement des conservateurs ou des inspecteurs de musées. Il faut qu’il puisse en sortir des voyageurs pour des missions archéologiques, des professeurs, des vulgarisateurs dont la science a besoin à notre époque plus qu’à une autre, des critiques d’art sachant ce dont ils parleront, chose très désirable et assez rare encore pour qu’on se préoccupe d’y pourvoir. En un mot, je vois dans l’École du Louvre un Séminaire de jeunes savants qu’un enseignement précis et familier, donné en présence des monuments par des maîtres autorisés, doit mettre à même de servir la science par leurs travaux et leurs découvertes dans toutes les branches de l’archéologie et de l’histoire de l’art. […]

Les conservations du Louvre ont à leur tête des hommes éminents dont la science et le dévouement sont à la hauteur des plus grandes tâches. Plusieurs se sont rendus illustres par des écrits spéciaux connus de tous ceux qui s’occupent des mêmes matières, et leur autorité est égale à leur savoir. Ils n’auront qu’à ouvrir, à des heures réglées, à un jeune auditoire empressé autour d’eux, les trésors de leur érudition en même temps que ceux de leurs collections, et à lui faire part libéralement des connaissances acquises par eux dans l’exercice de leurs fonctions. L’enseignement naîtra de la conservation comme la conservation est née de la collection. Ce sera un développement logique et, pour ainsi dire, organique, qui fera porter à ces collections tous leurs fruits et tirera de ces vastes dépôts tout ce qu’ils peuvent contenir pour le progrès de la science et l’éducation du public. »

1882-1883, affiche des cours de l’École du Louvre

Il est vrai que l’Ecole du Louvre a conservé longtemps son prestige non seulement en France mais aussi à l’international. Les diplômés de cette école possédaient une vaste culture de l’histoire de l’art et beaucoup d’entre eux, hommes et femmes, laissèrent un nom dans les arts, dans l’archéologie, l’histoire de l’art, l’égyptologie … Quant aux professeurs, ils étaient des autorités dans leur domaine.

Louis-François Nicod de Ronchaud 1816 – 28 juillet 1887

Et aujourd’hui, en 2026, l’Ecole du Louvre recrute ça : https://www.facebook.com/EcoleduLouvre/videos/12-quest-ce-que-la-m%C3%A9diation-disruptive-dans-ce-premier-%C3%A9pisode-hortensebelhote-/2596358984143924/

Une comédienne munie d’un master d’histoire de l’art, contactée par la directrice Claire Barbillon, va papoter avec des élèves sur le néant de la médiation disruptive, à la mode depuis ce début de siècle ! Première femme directrice de l’Ecole du Louvre, Claire Barbillon doit, je suppose, accepter de jouer le jeu des directives étatiques : mettre en avant une femme, n’importe quelle femme, indépendamment de ce qu’elle a à dire. Peu importe le savoir, ce qui compte c’est le genre et en particulier le genre féminin qui a tant souffert du patriarcat, d’après la nouvelle mode.

Si je dois subir cette bêtise, cette suffisance, cette prétention et j’en passe, alors autant retourner dans un siècle de patriarcat et vivre ma vie librement sous le regard des hommes.

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