Adrien Marx

Adrien Marx (1837-1906)

En cette période d’ouverture de la chasse, et des accidents qui l’accompagnent, me vient à l’esprit un texte d’Adrien Marx (1837-1906), un auteur malheureusement oublié.

Ecrivain, journaliste, chroniqueur, il a longtemps écrit une chronique quotidienne pour le Figaro : « Un conseil par jour, guide pratique de la vie usuelle. »

Le chroniqueur Léon Rossignol, dans Nos petits journalistes (1865), brosse un portrait du jeune Adrien Marx : « Adrien Marx est né en 1838. Il allait être docteur en médecine quand, se mettant devant une glace, il fut frappé du peu de gravité de son port et de ses allures. Quel homme se fut fié à son bistouri ? … Quelle femme l’eut pris pour son confident avec sa moustache naissante, ses yeux de vingt ans tout grands ouverts, son front racontant tout haut sa pensée ? Il quitta donc les hôpitaux, et, comme sa nature l’avait toujours porté à la fréquentation des gens de lettres, il tailla une plume avec son scalpel et s’en fut postuler la place de critique des Délassements-Comiques au Messager des théâtres. Au bout d’un an, la littérature des fournisseurs assermentés de ce théâtricule l’ayant écœuré, il frappa à une autre porte. Cette porte, on la lui ouvrit aussitôt. Elle donnait accès dans le cabinet de rédaction du Boulevard, journal auquel il collabora activement, en y versant chaque semaine de spirituelles nouvelles à la main et des articles de genre reproduits, pour la plupart, dans les Histoires d’une minute, ce volume si lestement enlevé et auquel je ne reconnais qu’un tort, celui d’être illustré par Gustave Doré. Quand le Boulevard eut sombré, Adrien Marx fut enrôlé au Figaro, où il n’a cessé d’écrire depuis très- irrégulièrement. Le Diogène, le Nain jaune, la Vie parisienne ont également accueilli sa prose facile, légère, et toujours frappée au bon coin. Enfin, voilà quatre mois qu’il est attaché à la Nation comme rédacteur politique chargé de la chronique départementale. Avec Henri Rochefort, il a fait représenter aux Bouffes-Parisiens une opérette très originale : le Premier avril. »

Le pamphlétaire socialiste Eugène Vermersch (1845-1878)  a lui aussi laissé un portrait de ce jeune journaliste qui faisait l’unanimité : « La première fois que l’on voit M. Adrien Marx, on le regarde curieusement, on cherche à rappeler ses souvenirs, et l’on se dit : Où diable ai-je vu cette tête-là ? … C’est que M. Adrien Marx ressemble singulièrement à ces figures de cire qui, à la montre des coiffeurs, laissent voir leurs dents dans un sourire tournant, selon l’expression d’un poète. Cela ne m’empêche pas de reconnaître en M. Adrien Marx un grand homme et un génie supérieur, car il a fait des romans, il a fait des nouvelles, je ne sais même pas s’il n’a pas eu quelques petites pièces de jouées. Il a écrit à l’Evénement des révélations curieuses, car il avait collé son œil au trou de la serrure de la vie parisienne ; plus tard il y a fait des articles où il témoignait de toute sa déférence pour ce qui est vraiment beau et vraiment respectable … Aussi une chose qui m’a réellement affligé en ce temps de civilisation et de suffrage universel, c’est que M. Adrien Marx n’ait pas été décoré après avoir tant fait pour la moralisation et l’assainissement de l’opinion publique en France. »

Eugène Vermersch (1845-1878)
Eugène Vermersch (1845-1878)

Dans Le Salut public, le 20 novembre 1866, Zola, toujours à la recherche de frissons malsains, écrit à propos de la dernière parution d’Adrien Marx : « Entre tous ceux qui chassent à l’actualité, M. Adrien Marx est certainement un des meilleurs tireurs. Il a trouvé un titre qui a fait sa fortune ; il a mis bravement comme enseigne à ses articles : Indiscrétions parisiennes, et nous nous sommes hâtés de regarder par la fente des portes qu’il entrebâillait. Songez donc ! nous allions apprendre les petits secrets, les petites particularités, choses dont nous sommes très friands. Et l’auteur promettait en toutes lettres d’être parisien et d’être indiscret, c’est-à-dire de ne rien cacher, de bavarder et même de cancaner sur les hommes et les choses de Paris. Il faut ajouter que ce bavard a un esprit gai et leste qui est entré pour une bonne moitié dans son succès. Un titre ne fait pas tout, et l’enseigne cesse d’attirer les chalands si la boutique est mal approvisionnée. M. Adrien Marx est heureusement un analyste ingénieux qui a des yeux excellents et qui ne laisse rien échapper dans les inventaires qu’il dresse. Une bonne enseigne, de l’esprit, de l’ingéniosité, telle est l’essence du volume qu’il publie chez Achille Faure et dans lequel il a réuni les articles qui ont paru dans L’Événement. »

Mais place à un extrait de La première chasse, tiré du livre Histoires d’une minute, le premier livre publié d’Adrien Marx, en 1864 :

« Il y a, dans la vie, des secondes où l’on pense des siècles.

      Mon caniche, en faction obstinée devant un gros tas de feuilles sèches, jetait mon esprit dans un océan d’hypothèses incohérentes.

J’avais bien lu dans des livres de chasse toutes les ruses familières aux animaux de notre zone, et Buffon m’avait appris la subtilité des habitants des bois, mais j’ignorais que les bêtes à plumes ou à poils se cachassent sous les feuilles pour éviter le plomb meurtrier des hommes.

        Que faire ? me disais-je.

        Ne pas tirer ? L’occasion se retrouvera-t-elle qui me permettra d’éviter le retour au logis la gibecière vide ? et les bons amis qui rient de vos déconvenues ? Quelle contenance opposerais-je à leurs allusions ironiques ?

       O amour propre, conseiller perfide des esprits étroits, que de sottises on commet sous ton influence !… J’épaulai lentement mon arme, j’ajustai le milieu du monceau de feuilles, et, coup sur coup, je pressai les deux détentes.

    Un cri horrible servit d’écho à la détonation de mon fusil.

        Une masse animée qui se tordait dans les convulsions de l’agonie roula presque jusqu’à moi…le plomb avait fait balle… je venais de tuer un homme ! »

Et voici le lien sur Gallica si vous désirez lire l’histoire complète ou le livre : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5382457p/

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