Les femmes battues font régulièrement la Une des médias. Un scandale, un meurtre, suscitent des débats passionnés de spécialistes, psychologues, psychanalystes, anciennes prostituées, anciennes victimes d’hommes violents. Aussitôt des associations, dont personne n’avait jamais entendu parler auparavant, appellent à des manifestations, des rassemblements, des pétitions, des dons, des témoignages, etc… Tout le monde crie, gesticule, on ressort des actrices vieillissantes touchées par la détresse féminine, on interroge des femmes  connues dont les souffrances sont censées nous émouvoir.

Les politiques s’emparent du féminisme, en font leur préoccupation principale. Les femmes doivent être le fer de lance de la politique et de la République, tout au moins le temps que l’affaire se tasse.

Je ne suis pas insensible au chiffre de la mortalité des femmes tuées par leur compagnon. Mais le nombre de femmes tuées par la guerre, la misère, les conditions de travail est très impressionnant aussi.

Au XIXe siècle, des femmes se sont battues non pas pour s’insurger contre une baffe reçue par un compagnon aviné mais pour combattre les inégalités sociales, les conditions de travail qui amenaient cette violence. Jeanne Deroin, cette féministe qui se présenta aux élections législatives en 1849, et dont nos féministes célèbres oublient souvent de citer le nom, déclarait lors de ses discours de campagne : « la cause du peuple et la cause des femmes sont intimement liées ». Voilà le vrai combat féministe.

Jeanne Deroin 1805-1894


Sauver une femme contre elle-même est devenu une gageure pour les féministes occidentales : libérer les femmes voilées, traquer les pervers qui ont abordé une femme dans la rue, persuader les jeunes filles de 12 ans de prendre la pilule, convaincre que l’amour n’existe pas, et surtout sauver les femmes battues sont des leitmotiv régulièrement médiatisés. Et bien moi, je pense que rien ne permet de s’immiscer dans la vie d’autrui et que si une femme n’a pas la volonté de quitter le bonhomme qui lui tape dessus ou qui viole ses filles, personne ne pourra le faire à sa place. Cette impression que beaucoup trouveront scandaleuse, est née, dès mes plus jeunes années, de la fréquentation d’une voisine qui, régulièrement, affichait un œil au beurre noir. Je m’offusquais comme tout le voisinage mais je ne ressentais aucune compassion pour la femme : je ne comprenais pas son abnégation face aux coups et les grossesses qu’elle continuait à porter fièrement me répugnaient.
Accepter l’humiliation et les coups n’est pas – heureusement – le seul fait des femmes, les hommes aussi ont leur lot. C’est moins médiatisé, certes ! mais les chiffres sont tout de même impressionnants : « 149 000 hommes ont été victimes de violence au sein de leur couple entre 2012 et 2013″ écrit le Monde, en se référant aux chiffres de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. Apparemment tous les 14.5 jours un homme meurt sous les coups de sa compagne. Grâce à des calculs savants, l’on en déduit que les hommes représentent 27% des violences conjugales et 17% des cas mortels. Evidemment les hommes en parlent moins : 3 sur 100, mais les femmes aussi  se plaignent peu car seules 10 femmes sur 100 déposent plainte pour violences conjugales. Des associations ont donc décidé de prendre les choses en main et les femmes comme les hommes trouvent des épaules amies pour soulager leurs angoisses, pour les aider à affronter leurs peurs. L’égalité entre hommes et femmes tient à bien peu de choses :

Une bonne paire de claques dans la gueule
Un bon coup d’savate dans les fesses
Un marron sur les mandibules
ça vous r’f’ra une deuxième jeunesse
Une bonne paire de claques dans la gueule
Un direct au creux d’l’estomac
Les orteils coincés sous une meule
Un coup d’pompe en plein tagada*

 * Une bonne paire de claques : Boris Vian

Ce texte fut écrit en août 2016 au moment de l’affaire Jacqueline Sauvage qui fit les beaux jours des médias écrites, télévisées, radiodiffusées et Yves Rénier en profita pour faire un film en 2018. Aujourd’hui, c’est avec Quatennens, en beaucoup plus soft ! Pendant ce temps, les femmes continuent à être moins rémunérées, moins bien traitées professionnellement, les PMI ferment, les crèches sont insuffisantes, les publicités s’en servent toujours comme d’un objet érotique, le concours Miss France attire toujours autant de monde… j’en reste là, vous savez aussi bien que moi la façon dont notre société traite les femmes et ce n’est pas une Schiappa qui arrangera nos conditions, elle qui a écrit « Osez l’Amour des rondes » En cliquant sur le lien vous lirez une excellente critique de ce livre par Daria Marx !

Envoyer un bonhomme chez les flics parce qu’il a accosté une passante, c’est pour moi le summum de notre infantilisation : lorsque une femme du XIXe siècle était confrontée à ce jeu (car j’appelle cela un jeu : attention je ne parle pas de viol.) soit elle souriait car le monsieur lui plaisait, soit elle lui donnait un coup d’ombrelle ! Et oui c’est cela être femme, avoir les tripes d’assumer un homme qui vous plaît ou le remettre vertement à sa place. Selon nos nouveaux critères, Antoine Pol, l’auteur des Passantes était donc une ordure qui osait regarder les femmes avec insistance et peut-être avec convoitise ! Et Brassens qui en a fait un succès ! Ah ! ces hommes ! Comme ils sont ignobles !

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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