La loi du 23 février 2005, dont l’article 1er annonçait l’orientation : « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française.», voulait imposer aux enseignant(e)s cette monstruosité de l’article 4 (aboli en février 2006) : « Les programmes scolaires reconnaissent en particuliers le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.». Ah suis-je bête, les colonisateurs étaient des humanitaires, en fait ils travaillaient pour des ONG ! Les massacres, les exterminations, l’esclavage : broutilles car c’est pour le bien de l’humanité. C’est certainement dans cet esprit qu’un officier écrit en 1843 : « Voilà, mon brave ami, comme il faut faire la guerre aux Arabes. Tuer tous les hommes jusqu’à l’âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants, en charger des bâtiments, les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs ; en un mot, anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens. » Cela a permis de tuer près d’un million d’Algériens puisque la population algérienne est passée de 3 millions en 1830 à 2,1 millions en 1872. Pendant la guerre d’Indépendance, l’armée fera mieux : 1,5 million de morts algériens. Et pendant les 130 ans que durera la colonisation le chiffre des morts n’est pas référencé, c’était le quotidien, le normal…

Emir Abdel-Kader 1808-1883 Maréchal Bugeaud de la Piconnerie 1784-1849 : « Le but n’est pas de courir après les Arabes, ce qui est fort inutile ; il est d’empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer, […] de jouir de leurs champs […]. Allez tous les ans leur brûler leurs récoltes […], ou bien exterminez-les jusqu’au dernier. »
« Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Fumez-les à outrance comme des renards

Un certain Bodichon, docteur de son état, notable d’Alger et républicain modéré (heureusement !) séparait en 1851, le monde en trois catégories : « L’Européen est sympathique, sociable, généralisateur, allant creusant sans cesse de nouvelles questions. L’Asiatique est anti-social organisant des castes séparées, stationnaire, religieux, crédule, se plaisant dans les idéalités métaphysiques. L’Africain est hostile, violent, obéissant à l’instinct plus qu’à l’esprit. » Ce docteur explique cela par l’influence des climats : « Le caractère typique du premier est produit par la combinaison des températures, froide et tempérée. Celui du deuxième par la combinaison des températures, humide et chaude. Celui du troisième par la combinaison des températures, sèche et élevée. » Alors là rien à redire si cela vient du climat… et avec le réchauffement climatique les caractères vont-ils changer ? » Tout au long de son livre Hygiène à suivre en Algérie, Hygiène morale, le Docteur Bodichon analyse les Algériens : « Le climat et la contexture territoriales déterminent ce goût du pillage. La récolte des céréales est terminée au mois de juin. Que faire pendant les trois mois suivants? La distraction est dans la guerre. Elle offre de plus la ressource du pillage. La nature sablonneuse ou pierreuse du Désert force les tribus de se rapprocher du Tell pour s’approvisionner de blé et échanger leurs produits. Or, ces longues migrations périodiques enlèvent le respect de la propriété d’autrui et impriment les habitudes du pillage. Cela revient périodiquement, de même que les migrations des animaux voyageurs. Pour remédier à ce mal, rendez la guerre extrêmement redoutable ; quelle soit entre vos mains un fléau de Dieu. Ainsi, châtiez les nomades par l’enlèvement de leurs troupeaux ; Les habitants du Tell, par la destruction de leurs arbres fruitiers; Les habitants des Ksours, par la destruction de leurs puits, sources et fontaines. Une hostilité permanente, qui, régulièrement. se manifeste par le pillage et le meurtre, est un crime de lèse-humanité. Il est d’autant plus grand, qu’il constitue l’état normal, qu’il est admis dans les mœurs des populations. Cela arrête le progrès. C’est pourquoi, au nom du progrès, il faut y apporter remède. Or, le glaive tiré contre les personnes et contre les sources de l’alimentation, est le moyen le plus sûr, le mieux approprié au caractère des Africains et aux nécessités locales; l’histoire et la raison prouvent qu’envers eux, le châtiment et la terreur sont efficaces. » Intéressant cette manière d’aborder une civilisation différente, et cette manière d’être persuadé de détenir la vérité : cela rappelle de façon étrange et…dérangeante les discours tenus par tous ceux qui vont faire la guerre aujourd’hui au Moyen-Orient ou en Afrique ! Il continue à développer ses idées (qui d’ailleurs sont généralement bien répandues.) : les enfants sont pervertis, vicieux, dénaturés, il faut donc les élever dans la religion chrétienne, les enlever à leurs parents…, les Arabes sont des voleurs, des égorgeurs sans scrupules, il faut donc apporter la civilisation supérieure, celle de l’Europe et en particulier celle de la France : « La providence nous a appelés en Afrique afin de régénérer ce pays par la morale et l’unité. Notre mandat est donc de détruire toute loi , toute coutume locale qui enfreigne la morale et l’unité. » Ah ! Maintenant c’est la volonté divine qui exige cela, l’on ne peut que s’incliner ! Entre autres préceptes, celui sur l’Islam est précurseur de la tolérance zéro : » Surveillez attentivement l’enseignement qui se fait dans les zaouias*. Elles sont une école de fanatisme et d’inimitié contre l’occupation chrétienne. Ne tolérez point l’existence des confréries religieuses musulmanes ; car tous les individus engagés dans ces confréries s’alimentent de haines contre nous et sont enrégimentés contre nous. »

Ah ! ce bon docteur Bodichon, quel visionnaire ! Il donne l’explication de cette peur du Musulman, de l’Arabe, du Maghrébin, du « celui qui a un type moyenoriental », du « celui qui ne laisse pas sa femme libre », du « celui qui vit des allocations françaises » du…, du…, cela vient donc du fait que les Français ont toujours vu (avant tout le monde) chez ces dangereux sauvages, les terroristes qu’ils sont car c’est être terroristes que de vouloir sortir manu militari des colons venus tout simplement vous voler vos terres, vos fermes, vos maisons, votre pays….Quels ingrats ces Algériens, ils n’ont su ni remercier, ni apprécier ces hommes de bonne volonté qui leur apportaient la civilisation. C’est aussi ce que pensaient les Nazis des Français qui entraient dans la Résistance, mais ce n’est certainement pas comparable ! Et dans la conclusion de son fascicule, on trouve : « Ne l’oubliez pas, l’Afrique, livrée a elle-même, devient une terre maudite. Les mythes nous apprennent quelle est la patrie des fils de Chanaan. L’histoire nous prouve que toujours la cruauté, les haines, le brigandage, l’anarchie, les sacrifices humains, les vices hideux, le mal sous toutes les formes, y ont trôné en dominateurs, y ont infesté les peuples indigènes et étrangers. L’observation contemporaine montre que la bonne foi, la probité, la dignité du caractère n’y réussissent pas. » phrases assassines permettant ainsi toutes les exactions possibles, ce dont ne se sont pas privés les colons. Mais cet humaniste ne s’arrêta pas là, il réitéra dans un ouvrage de 1866, De l’Humanité, ses discours, prônant l’anéantissement des races inférieures qui, selon lui est « le moyen de perfectionner l’humanité, la débarrassant des êtres intransformables, nuisibles ou inutiles au progrès. Il est un malheur individuel ou d’une minorité ; mais il devient un bien pour la majorité […] La loi humanitaire et animale veut que l’inférieur soit sacrifié au supérieur, l’insecte à l’oiseau, l’oiseau à l’espèce humaine et autre, l’imparfait au parfait ». Et pour en finir avec lui je terminerai par cette citation née dans son esprit bouillonnant : « L’eau de vie a détruit les peaux rouge, mais ces peaux tannées ne veulent pas boire. L’épée doit donc suivre la charrue ». Qu’ajouter à cela ? Rien. En revanche, il est intéressant de se pencher sur les liens qui existent entre colonisation et lutte de classes. Il fallait résoudre en France la question sociale, les Révolutions se suivaient, les ouvriers demandaient des droits, inquiétaient les gouvernements : 1830 : il fallait réunir la France derrière l’armée qui partait à la conquête de nouvelles terres sous prétexte que le bey d’Alger d’un coup de chasse-mouches, avait humilié l’ambassadeur de France ainsi assimilé à une malheureuse mouche ! 1848 : le général Cavaignac arrête la Révolution dans le sang : 1 600 tués côté gouvernemental et entre 3 000 et 5 000 morts peut-être 12 000 selon certains historiens, du côté de l’insurrection et 4 000 rescapés du massacre déportés dans les terribles bagnes algériens. Il faut dire que Cavaignac s’était bien entraîné en Algérie puisque c’est lui qui avait inauguré le 11 juin 1844 la pratique des enfumades* : plusieurs centaines de Sbéhas furent asphyxiées dans les grottes où ils s’étaient réfugiés.

Il n’est donc pas surprenant de lire, dans un rapport ministériel de 1856, que la colonisation de l’Algérie « fera de tout prolétaire un propriétaire conservateur ». C’est donc cela que les professeurs vont enseigner à leurs élèves afin qu’ils puissent connaître le rôle positif de la présence française en Algérie ?

Les années sont passées et l’on n’a plus entendu parler de cette infamie ! Qu’en est-il, effectivement, resté dans les programmes ?

*Une zaouïa est un édifice religieux musulman.

*Les enfumades auront du succès auprès d’autres généraux et en particulier du Général Aimable Pélissier : le 18 juin 1845, plusieurs centaines de guerriers,de femmes, d’enfants, de vieillards, poursuivies par les troupes du colonel Pélissier, dans le Dhahra, montagnes de l’ouest algérien, se réfugient dans des grottes. Pélissier ordonne l’encerclement des grottes, et fait mettre le feu. Il n’y a pas de survivants. Cette barbarie suscite une telle indignation en Europe que le ministre de la Guerre, Jean de Dieu Soult fait des excuses publiques.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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