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Charles Asselineau : 1820-1874

ASSELINEAU (CHARLES). – Parisien. Il s’occupe beaucoup d’art et de bibliographie; on a de lui des notices, qui sont de véritables découvertes, sur l’ébéniste Boulle , sur le peintre Bruandet , sur le poète Neufgermain. Il a donné une édition nouvelle du Roman bourgeois par Furetière.
Ses articles de critique littéraire sont très-remarqués ; esprit sain , posé, il fuit les concetti. (La Lorgnette littéraire : 1857 Charles Monselet1)

Fils d’un médecin qui avait mis au monde Paul de Kock2, il fait ses études au Lycée Bourbon, futur Lycée Condorcet. C’est là qu’il se lie d’amitié avec Félix Tournachon, le futur Nadar. Il entame des études de médecine mais il ne s’y éternisera pas. Rapidement il se tourne vers la littérature non pas en romancier ou en poète mais en bibliophile, en érudit. En 1845, il rencontre Baudelaire et une indéfectible amitié lia les deux hommes jusqu’à la mort. Asselineau, fidèle, fut le premier biographe de Baudelaire. Mais jamais la douleur de la mort du poète ne s’atténua. Sept ans après Baudelaire, Asselineau, déjà de santé fragile, mourut lors de sa cure à Châtelguyon.

Asselineau était aimé par ses amis et certains ont laissé de beaux portraits alors je leur laisse la parole. Tout d’abord Théodore de Banville, ce poète surnommé Le Poète du Bonheur, ami de Baudelaire, Gautier, Hugo et de tous les Romantiques auquel il resta fidèle et de tous les Parnassiens dont il fut un des précurseurs.

Petites études. Mes souvenirs. T. de Banville 1823-1891
Charles Asselineau vieillissant

Malgré sa passion dévorante qui le poussait à se lever à l’aurore pour être le premier à fouiller les caisses des bouquinistes, il laissa une œuvre importante : des critiques, des études, des récits de voyage, des préfaces, des commentaires et un recueil de nouvelles : La Double Vie. Mais à la différence de beaucoup, il refusait le bruit que l’on pouvait faire autour d’un de ses travaux et préférait l’écriture à la notoriété. C’est pourquoi discret pendant sa vie, il le restera dans la mort. Cette mort vint le chercher tôt mais il s’en était fait une image idyllique que l’on peut lire dans son petit recueil : Le Paradis des gens de Lettres.

Après le décès de Baudelaire, il se consacra, avec Mme Aupick, la mère de Baudelaire, à la première biographie sur celui qu’il aimait sincèrement. Voici les dernières lignes de cet ouvrage : Cet homme, que de certains esprits malveillants ont voulu faire passer pour insociable, était la bonté et la cordialité mêmes. Il avait la qualité des forts, la gaité, au point d’aimer à divertir à ses dépens. Que de journées il a perdues-perdues pour le travail- à placer la copie d’un ami, à le conduire chez un éditeur ou un directeur de théâtre ! Le pauvre Barbara le savait; Barbara qu’il avait adopté à cause de son humeur rétive et de sa timidité farouche, et qu’il aimait pour sa persévérance et pour son honnête laboriosité.  Hélas ! tout cela est perdu ! Mais plutôt, non, tout cela n’est pas perdu. Il reste à ses amis, son œuvre, son souvenir et le bonheur d’avoir vécu dans la confidence d’un esprit rare, d’une âme élevée, forte et sympathique, d’un de ces génies d’exception, sans pairs, ni sans analogues, qui poussent en ce monde comme des fleurs magiques, dont la couleur, dont la feuille et le parfum ne sont qu’à elles, et qui disparaissent comme elles sont nées, mystérieusement; de l’un des hommes, en un mot, les plus complets, les plus exquis et les mieux organisés qui aient été donnés à ce siècle.

Evidemment Asselineau ne pouvait pas plaire à tout le monde et Edmond de Goncourt a laissé de lui, un portrait peu flatteur en 1871, trois ans avant sa mort : « Très souvent, le soir, je rencontre, chez Burty3, Asselineau. Je ne connais pas un langage qui produise un ennui plus semblable à celui de la pluie, que le bavardage d’Asselineau. Pour n’être pas ennuyeux, à défaut d’autre chose, il faut être tout simplement passionné ! Lui, c’est la melliflue et froide expansion de l’égoïsme d’un vieux garçon, doublé du rabâchage d’un bibliophile. » Edmond, en égoïste, ne prend pas en compte les chagrins et la maladie qui ont prématurément vieilli Asselineau et la bibliophilie ne l’intéressant pas, il laisse parler sa rosserie habituelle.

Pourtant Burty appréciait Asselineau puisqu’avec lui, Malassis et deux autres amis, ils publièrent en 1874, l’année de la mort de Charles Asselineau, un petit ouvrage d’une quarantaine de pages : Sept dessins de gens de Lettres. D’ailleurs, ironie, on y trouve deux dessins des Frères Goncourt. Voici le texte que Charles Asselineau écrivit pour la caricature de Sainte-Beuve qu’il avait dessinée sans méchanceté aucune.

Cher Asselineau, si tendre, si fragile, je laisse à Charles Monselet le portrait de la fin qui donne une si exacte idée de cet érudit oublié :

De A à Z, portraits contemporains (1888)
Charles Asselineau

1/ Charles Monselet ( 1825-1888) : Ecrivain, journaliste, poète, auteur dramatique, il a laissé de beaux témoignages sur Paris et les artistes qu’il a fréquentés. Extrêmement gourmand et gourmet, il fut surnommé le Roi des gastronomes. Il a laissé des sonnets sur le cochon, la truite, les asperges …

2/ Paul de Kock (1793-1871) : Ecrivain, auteur dramatique, librettiste, il est le peintre des grisettes et des employés parisiens. Savoureux et drôle, il fut célèbre non seulement en France mais aussi à l’étranger et souvent l’on trouve, dans les œuvres des auteurs de toute nationalité le nom de P. de Kock. Mais voici le très joli hommage que lui fit Maurice Hamel, un journaliste mort en 1967 : « On ne peut point ne pas songer à Paul de Kock quand on évoque Belleville, ses grisettes amoureuses et ingénues, ses petits employés épris de farces et de bonnes et franches lippées, Belleville qui était alors une banlieue de Paris, avec des tonnelles et des guinguettes, où, le dimanche, s’esbaudissaient les jeunes gens en liesse. Paul de Kock avait à Romainville — à deux pas de là — sa petite propriété, et il célébra Belleville en écrivant un roman exquis : La Pucelle de Belleville. » Quant à Théodore de Banville il voit en lui : « le folâtre historien des commis et des grisettes. »

3/ Philippe Burty (1830-1890) :  Critique d’art, dessinateur, lithographe et collectionneur français. Propagateur en France de l’Art japonais, il remet à l’honneur l’eau-forte et le livre illustré, soutient les Impressionnistes et publie la correspondance de Delacroix …entre autres activités.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier.

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