Extraordinaire, véritablement extraordinaire ces discours démagogiques sur la jeunesse en perdition – « racaille » pour certains, « perdue » pour d’autres. Nos politiques, journalistes, psychologues et sociologues médiatiques font preuve d’imagination pour dresser le tableau de ces jeunes abîmés par : la T.V., la violence, les jeux vidéos, Internet, le cinéma et j’en passe. Quant aux vieux, quant aux profs, ils ne cessent de regretter, la larme à l’œil, cette époque merveilleuse où la jeunesse connaissait les valeurs fondamentales pour vivre en société : valeurs républicaines sans doute !

Je voudrais juste rappeler à tous ces tristus qu’ils oublient deux ou trois nota bene : les Apaches, les zazous, les Blousons Noirs, les hippies, les cheveux longs autant de petits noms sympathiques pour désigner ceux que les parents et grands-parents tristus considéraient comme la lie de la société. Comme toujours, je suis dans l’obligation de constater que nous, femmes et hommes du XXIe siècle, ne détenons pas la palme d’or en matière de délinquance, voyouterie, pédophilie, assassinat, viol etc… et que les siècles passés ont eu leur lot de coupables en la matière : au hasard Gilles de Rai !

Au XIXe siècle, de nombreux témoignages ont été laissés par les romanciers, les journalistes, les hommes politiques, les philosophes sur la misère et ses ravages, sur le crime en général. Ainsi ce journaliste et romancier, Georges Grison (1841-1928) connu pour ses documentaires et son regard acéré sur l’époque à laquelle il vécut. Dans Paris Horrible et Paris original , Grison passe en revue tout ce qui peut être occulté dans les diverses descriptions de ce Paris de la IIIe République :  » Ah ! Paris n’est pas seulement le Paris brillant, pimpant, viveur et tapageur du boulevard des Italiens, de l’avenue de l’Opéra et des Champs-Elysées ; il renferme aussi le Paris désolé, affamé, désespéré, effroyable, des quartiers sombres, infects et moisis, où des milliers d’êtres humains, sans feu, sans pain, sans force et sans espoir, végètent, en attendant la fin, dans une atmosphère de pestilence et de malédiction. » Cette description peut tout à fait correspondre à certains quartiers de Paris aujourd’hui, non ? Ces quartiers tant décriés par nos bobos parisiens outrés de voir des pauvres qui risqueraient de les bousculer, de les siffler, de les railler et pourquoi pas les violer !! L’imagination des gens bien propres sur eux devient délirante lorsqu’il s’agit des pauvres et des miséreux.

Dans un des chapitres de son livre, Grison s’attaque à l’infanticide, qui comme aujourd’hui, était pratique courante :  » Il est certain que l’infanticide a pris, depuis quelques années, chez nous, des proportions inouïes. C’est à un tel point que, dans les faits divers, on n’en veut plus ; c’est devenu aussi banal que les accrocs de voitures. Des enfants tués, mais on en trouve partout, sous les portes cochères, dans les couloirs, dans les égouts, dans la Seine… La justice informe, comme on dit, et puis, on n’y pense plus. […] Si, dernièrement, l’affaire Lenormand, d’Argenteuil, a fait un peu de tapage, c’est parce qu’il y avait des détails piquants, que Lenormand avait violé sa fille avec la complicité et l’aide de sa femme, et qu’après avoir fait bouillir dans une marmite le fruit de ses incestueuses amours, il avait, par un sage esprit d’économie, conservé cette marmite pour y faire le pot-au-feu quotidien… » Donc rien de bien nouveau dans nos affaires d’incestes ! La fille de Richard Berry ou le beau-fils Duhamel ne sont pas les premiers sur la liste, mais il est vrai qu’ils n’appartiennent pas à la même classe sociale !

Georges Grison

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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