L’ostracisation d’Alphonse Daudet par les pseudos intellectuels de notre époque est un de mes chevaux de bataille. Alphonse Daudet est un antisémite ! clament-ils sur tous les tons, lui imputant la montée du nazisme, la responsabilité de la shoah comme d’ailleurs, à 85% des écrivains français du XIXe siècle. Pour détruire la culture française, il suffit d’asséner le terme antisémite à un auteur ou à une autrice pour qu’il ou elle soit déclaré persona non grata et jeté aux oubliettes comme la dernière des ordures.
Celui qui défendit bec et ongles le capitaine Dreyfus, j’ai nommé Emile Zola, fit l’éloge funèbre d’Alphonse Daudet, car il était son ami : » Mes mains sont pleines de couronnes, et j’ai des fleurs sans nom- bre à déposer sur ce tombeau où va dormir Alphonse Daudet, l’ami tendrement aimé, le grand écrivain, le grand romancier que pleure la patrie française. Ces fleurs-ci, les premières, ce sont celles de tous ceux qui l’ont connu, approché, qui ont vécu dans son intimité fraternelle. Et il en est qui viennent de loin, de plus de trente années d’amitié, sans un nuage, sans une brouille ; il en est de moins loin- taines, il en est de récentes, car il est allé sans cesse en conquérant les cœurs, le flot de ceux qui l’ont aimė n’a fait que grossir, d’un bout à l’autre de son existence, comme pour lui faire jusqu’ici un royal cortège …. S’il me fallait assigner une place définitive à Daudet, je dirais qu’il a été au premier rang de la phalange sacrée qui a combattu le bon combat de la vérité, dans cette seconde moitié du siècle. Ce sera la gloire de ce siècle d’avoir marché à la vérité, par le labeur le plus colossal que jamais siècle ait accompli. Et Daudet a été avec nous tous, parmi les plus braves, les plus hardis, car il ne faut pas s’y tromper, son œuvre, dans son charme, dans sa douceur, est une de celles qui a jeté le plus haut le cri de pitié, le cri de justice. Elle fait partie désormais de la vaste enquête continuée par notre génération, elle restera comme un témoignage décisif, la suite solide et logique des documents sociaux que Stendhal et Balzac, que Flaubert et les Goncourt ont laissés. » 21 Décembre 1897
Alors, Messieurs les censeurs et Mesdames les censeuses, allez-vous classer Zola dans les antisémites comme vous l’avez fait pour Daudet, sous prétexte qu’il était l’ami d’Edouard Drumont, celui qui osa écrire La France juive.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier