Il existe un exercice vocal qui consiste à égrener sur la gamme, le vocable MOI, moi, moi, moi, moi, moi …etc. Cet exercice m’amusait beaucoup lorsque je l’ai découvert, il ne m’amuse plus depuis que les écrivaillons s’en sont accaparé ! Avez-vous remarqué que tous les écrits publiés aujourd’hui ne tournent plus qu’autour du Moi, moi, moi… Et comment ai-je été violé(e) par mon père, ma mère, mon oncle, ma grand-mère et toute la famille y passe ! Ce qui donne des idées à d’autres noircisseurs de papier. « La famille si on enlève le m ça donne faille », éblouissante invention d’une autrice subversive qui a sacrifié au besoin de se justifier (car tout doit se justifier, questionner, explorer, dénoncer dans notre société bien-pensante) : « D’aussi loin que je me souvienne, sortir de chez moi allait avec un immense soulagement et, plus secrète, une profonde joie. L’extérieur était une promesse. Là où certains voient un refuge, d’autres voient une prison. Ceux-là préfèrent la fuite à l’ancrage, et s’inquiètent d’une vie trop normée. C’est à ces personnes que je m’intéresse ici : celles qui, par instinct, se méfient du familier. Celles qui se sentent fauves, désaxées, intimement exilées. Celles que le groupe a expulsé, ou qui le rejettent, pour des raisons intimes, politiques ou métaphysiques – tout à la fois. Celles qui, tout en aimant leur foyer, s’y sentent parfois piégées. Celles qui refusent, ne parviennent pas, ou n’aspirent pas, à s’établir. Toutes celles qui doivent couper pour rester vivantes. » J’aurais conseillé à cette damoiselle un autre titre car il existe déjà 5 ou 6 romans avec ce titre : original, non ?
L’on a aussi la série adolescent en crise, souffrance de l’adolescence, viol de l’adolescence, instinct de révolte de l’adolescence, fragilité de l’adolescence, masturbation adolescente etc…
Après viennent les expériences de santé : maladie de Charcot, cancer guéri, anorexie, boulémie, thyroïde, handicaps en tous genres ….
Ce qui se vend bien aussi ce sont les mères témoignant de leur combat épique pour sauver leur enfant de la drogue …
Et puis le succès des succès… la Shoah : la souffrance dans les camps, les témoignages, les histoires d’amour, les bébés dans les camps… Anne Frank et Primo Levi ont fait des émules.
J’arrête là car je suis fatiguée par tant de fatuité, de certitudes imbéciles, fatiguée par tous ces donneurs de leçon, ces censeurs : tous crevant de conformisme.
Tous droits réservés : Jeanne Bourcier