11/ Je déambule dans ma ville et je ne la reconnaîs plus ! Considérée pendant plus d’un siècle comme la plus belle ville du monde, elle est devenue un immense capharnaûm dans lequel se croisent bobos vélopédisés, joggers indécents, jeunes loups diplômés des écoles de commerce, touristes hagards, SDF … : toute une faune dans laquelle je ne reconnais pas les Parisiens parmi lesquels j’ai grandi, vécu. Je me sens triste, si triste et je pense au texte de l’historien Bessand-Massenet : » L’indigène, le vrai Parisien, connaissait alors son Paris par coeur, d’instinct, comme on sait les choses au milieu desquelles on a été nourri. Voyez comme il va, navigue, observe, sachant remarquer d’un coup d’oeil et, selon les jours, si Paris est triste ou gai, laid ou beau, vivant ou mort. » On ne marche pas en « écervelé » à Paris : on le « déguste » Et je n’ai vu que des écervelés, personne ne voit la lèpre qui ronge Paris : travaux, échafaudages recouverts de bâches publicitaires pour inciter le peuple à acheter tout et n’importe quoi, vélos qui filent sans jamais rien voir ni les piétons, ni les voitures, ni la ville, sportifs qui, en tenues ténues, font saillir leurs muscles luisant de sueur en portant des poids d’haltères lors de leur course effrénée au milieu des gaz d’échappement … Et toujours ce texte de 1937 me trotte dans la tête : » Paris […] était rigoureusement le fief des Parisiens. […] Le Parisien, maître chez soi, perpétuait, de génération en génération, ses usages, ses moeurs de véritable insulaire, ses goûts, ses défauts, ses besoins. Ce qui, du fond des provinces ou de l’étranger, venait nourrir la masse de la capitale, était à mesure neutralisé, civilisé, incorporé. »
Que sont devenues ces petites boutiques qui faisaient mon bonheur, et les clochards ? eux aussi disparus ! Les grands magasins sont devenus l’escale asiatique et les Boulevards une grande fumisterie ! Les jardins des stades, les musées des lieux instagrammables et les monuments des panneaux publicitaires. Quant à la Place de la Concorde, elle disparaît sous les bordures anti-terroristes en ciment et pour finir j’apprends, que pour les JO, elle sera recouverte de 2000 tonnes de béton pour les épreuves de skate et compagnies. Fini la perspective du Champ de Mars et plus jamais je ne pourrai lever la tête pour voir la Tour Eiffel en son axe vertical : des vitres anti-terroristes me l’interdisent désormais.

Je dis adieu à ma ville, je dis adieu à ma jeunesse.
Tous droits réservés : Jeanne Bourcier
Bonjour je dois dire que je me reconnais dans ton billet, je suis née à Paris et y vécu toute ma jeunesse jusqu’à mon mariage, le peu de fois que j’y suis retournée, j’ai vraiment eu l’impression d’être ailleurs mais dans le Paris que j’aimais. C’est bien triste. Amicalement bonne journée MTH
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Merci beaucoup
C’est dur pour les Parisiennes que nous avons été
Bonne journée à toi aussi
Amicalement
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