Angelina, le salon de thé de la rue de Rivoli, le salon de thé de Marcel Proust, devenu un lieu incontournable par la volonté des envahisseurs capitalistes de Paris, n’est plus qu’un musée dans lequel de vulgaires parvenus viennent boire leur chocolat chaud, après avoir fait la queue comme pour entrer dans un cinéma.

Alors je me souviens de ce lieu dans lequel j’aimais prendre mon thé ou mon chocolat lorsqu’après une longue promenade solitaire, je cherchais à me réconforter. Quelques tables étaient occupées par de vieilles dames distinguées qui venaient depuis leur enfance dans cet endroit qui s’était figé lors de la guerre de 14-18. Tout n’était que « luxe, calme et volupté ». Les serveuses, discrètes et élégantes, ne troublaient pas les conversations ou les rêveries des clientes.

En revanche, il n’y avait pas alors de petits logos publicitaires pour prévenir la clientèle que la parité était respectée, que la maison collaborait avec le Centre Gustave Roussy et avec l’hôpital Necker et qu’enfin l’accueil était LGBTQIA+ friendly. Les deux premiers logos m’ont surprise mais je les ai compris, mais alors le dernier sur l’accueil friendly des LGBTQIA+ m’a déconcertée : les serveurs et serveuses doivent-ils régler leur amabilité sur l’orientation sexuelle de chacun ? Et comment reconnaissent-ils le type d’être sexué qui se cache sous ses vêtements ? Doit-on porter un signe distinctif pour avoir droit à l’accueil friendly ? N’est-ce pas quelque peu homophobe ou transphobe de marquer une différence dans l’accueil ? Cela me fait penser à ces gens qui, lors d’un dîner, en apprenant vos origines maghrébines, s’exclament : « Oh ! J’adooooooooooore les Algériens ! » de la même manière qu’ils se sont extasiés devant votre chien : « Oh ! J’adooooooore les Bergers allemands ! »
Tous droits réservés : Jeanne Bourcier