Il est de bon ton d’être un violeur dans les milieux politiques ou médiato-intellectuels. La liste serait longue car qui n’aurait pas une plainte pour viol sur le dos n’appartiendrait pas à l’élite nationale. Le premier qui fit scandale dans les médias fut Polanski, le réalisateur au passé sulfureux. Il avait couché avec une adolescente, pour moi presqu’une enfant, de 14 ans, et l’on passait, à l’époque, pour une immonde ringarde qui ne comprenait rien à la vie, la majorité sexuelle, la liberté, etc, etc… si l’on osait émettre des critiques sur sa manière d’aborder la sexualité : « Que ce monsieur se fasse faire ce qu’il veut par qui il veut, cela ne « nous regarde pas » ! »

Il y eut dans ces années 80, sous le règne de Mitterand, un étalage des turpitudes des uns et des autres : Polanski sautait des adolescentes et s’en vantait, Cohen-Bendit  se souvenait avec émotion de son passé d’éducateur pour enfants :« Quand une petite fille de 5 ans et demi commence à vous déshabiller : c’est fantastique. C’est fantastique parce que c’est un jeu absolument érotico-maniaque…» expliquait-il dans Apostrophe. Frédéric Mitterand  étalait ses débauches thaïlandaises dans son livre autobiographique « La mauvaise vie » : « La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de refréner ou d’occulter. L’argent et le sexe, je suis au cœur de mon système, celui qui fonctionne enfin car je sais qu’on ne me refusera pas. », Jack Lang, quant à lui, espèrait voir la pédophilie légalisée : « La sexualité puérile est encore un continent interdit, aux découvreurs du XXIe siècle d’en aborder les rivages. » disait-il en janvier 1991 dans une interview pour Gai Pied. Vous remarquerez que ces gens sont toujours là en 2023, à des postes importants et qu’ils viennent sans scrupules, ni aucune dignité, nous donner des leçons.

Les journalistes ne s’offusquaient pas, en revanche ils n’épargnaient pas le pékin qui avait un parcours semblable à ceux des ces figures incontournables de la politique, des medias et même de la littérature.

Mais notre XXIe siècle a su revenir sur cet état de péché, grâce à MeToo et Balance ton porc, il faut dire que l’affaire Dutroux avait quelque peu calmer les ardeurs. Il fallait trouver un nouveau filon pour relancer l’intérêt des téléspectateurs : les plaintes des femmes permettaient de se refaire une virginité politique. A partir de ce moment, la manie de grossir la moindre foutaise pour en faire un événement devint monnaie courante Il fallait faire de l’audimat, alors les journalistes se jettaient sur la moindre histoire de fesses voire de regards lubriques, pour faire réagir un public blasé et las de son quotidien.
L’on nous fait tout un flan aujourd’hui lorsqu’un homme jeune tombe amoureux d’une jeune fille de 14 ans. Les médias, s’emparent alors de l’affaire,  crient à la pédophilie, de savants spécialistes viennent nous expliquer que ce phénomène, paraît-il nouveau, est lié aux publicités mettant en scène de toutes jeunes filles, à la mode qui dénude outrageusement ces demoiselles, à notre libido détraquée. Selon eux, ces êtres dépravés doivent être châtrés chimiquement et enfermés car ils mettent en danger l’équilibre social. C’est fou ce que cela peut générer de débats, d’articles, de blabla, chacun sachant mieux que son voisin ce qu’il faut dire, ce qu’il faut croire.

Tout cela m’amuse et je repense au XIXe siècle qu’il est de bon ton, pour ces dits spécialistes, de dénigrer. Aussitôt me vient à l’esprit l’amour de Schumann pour Clara Wieck, elle avait 11 ans et lui 20. Il a attendu, lui a donné son premier baiser lorsqu’elle avait 16 ans et l’a épousée la veille de sa majorité. 

Là est la différence avec notre époque, les hommes bien élevés savaient calmer leurs ardeurs et leurs hormones. Il faut dire qu’ils étaient aidés par une société qui, en apparence pudibonde, acceptait qu’un homme jeune et plein de fougue, aille se soulager dans les bordels. Pour les plus nantis, les belles horizontales les aidaient à passer le cap de l’attente. Et la grisette ? Héroïne des chansons de Béranger, croquée par Monnier, dessinée par Daumier, la grisette appartenait surtout au monde ouvrier, elle arrondissait ses fins de mois avec la galanterie ! Dame, le salaire d’une ouvrière n’était pas bien lourd, alors pour s’en sortir, elle acceptait les propositions de ces messieurs qui la guettaient à la sortie du travail. Des messieurs sérieux et responsables, larges d’esprit, épris de jeunesse et bien installés dans leur société, bref les Polanski, Mitterrand, Lang, Cohen-Bendit… de l’époque.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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