A mon grand désespoir, les féministes que les médias encensent sont celles qui sont la référence dans l’Education Nationale, à l’Université et dans le monde intellectuel en général. Elles représentent, pour moi, le bien penser, le politiquement correct, elles suivent les ornières et ne m’intéressent pas. Ce sont des suiveuses mais a-t-on encore le droit de le dire ? Celles qui ont tracé la voie sont occultées, elles sont trop voyantes et risqueraient de faire de l’ombre à celles qui ne sont que les représentantes de notre société. Les féministes célébrées sont ou de gentilles bourgeoises qui servent les politiques, ou des femens totalement insignifiantes portant avec fierté leur couronne de fleurs et leurs seins nus, ou des politiciennes qui viennent exhiber leur vie intime à moins qu’elles ne s’excitent sur un vêtement considéré par la bonne société comme la preuve d’un fanatisme musulman sauvage, ou bien encore des artistes dites subversives après avoir montré leur sexe, être restées immobiles dans une galerie, avoir mis en dessins, peintures leurs menstrues … bref rien de bien palpitant.
Quand je pense aux générations d’élèves qui ont appris et apprennent toujours que c’est de Beauvoir qui a remis le mariage en question avec sa fameuse comparaison de cette institution avec la prostitution, je crie à l’injustice, à l’usurpation. Alors rendons à César ce qui est à César. Beaucoup de femmes ont vécu ce mariage prostitution dans leur chair mais celle qui la première a dénoncé l’ignominie des mariages arrangés est Claire Démar qui, à 34 ans, se suicida avec son compagnon, par désespoir de ne jamais voir la libération de la femme : cela se passait en 1833. C’est dans Appel d’une femme au peuple pour l’affranchissement de la femme publié peu de temps avant sa mort, que Claire Démar écrit ce qui sera repris sans vergogne par Simone de Beauvoir : « Puis vient le temps du mariage; elle a donc de l’amour pour quelqu’un ? du tout, ou du moins on s’en inquiète peu; elle est en âge d’être mariée et cela suffit; à force de fouilles et de perquisitions dans les connaissances de la famille, on a trouvé l’homme qu’il lui faut, c’est-à-dire un honnête homme ayant une famille et un certificat de vie et moeurs recommandables; on a trouvé un homme, et on le lui amène; est-il stupide ou spirituel, bon ou méchant, joli ou laid ? ce sont objets de détail dont on parle à peine; un homme est toujours assez beau, c’est proverbial; tout le monde le dit excepté celles qu’on marie, mais à cela près…
Voilà donc cette fille jetée dans les bras d’un importun; la voila contrainte de donner, si ce n’est son amour, du moins ses caresses à un individu qu’elle ne peut pas aimer, un individu qui l’a prise pour femme, parce qu’elle était belle ou bien qu’il voulait devenir riche; voilà ce qui peut s’appeler de la prostitution de par la Loi. »

Il faut dire que Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir n’est qu’une suite de réflexions, de textes, de combats que, depuis le XIXe siècle, femmes et hommes ont menés et écrits. C’est donc cela la raison de ma colère : l’injustice encore et toujours. Les lauriers à une riche bourgeoise médiatisée pendant que l’on oublie ces combattantes pauvres qui ouvrirent la voie à la libération des femmes et en tant que féministe, c’est d’elles que je me réclame.
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Une réflexion sur “Femme en colère”