Le deuxième faillit bien être la dernière.

Tout le monde connaît le Tour de France fondé en janvier 1903 par le journal L’Auto et son patron Henri Desgrange, dans le but de faire de la publicité à son journal, mais savez-vous que la deuxième édition faillit bien sonner le glas de ce qui deviendra la plus grande course cycliste.

Après le succès du Tour de France 1903, il est donc décidé d’organiser une nouvelle épreuve. Mais qui pour succéder à Maurice Garin grand favoris avec Lucien Pothier et Hippolyte Aucouturier.


On notera au passage la participation d’Henri Paret âgé alors de 50 ans qui reste, aujourd’hui encore, le plus vieux concurrent à terminer la course.
02 Juillet 1904, la 2e édition du Tour de France est lancée : Montgeron – Lyon – Marseille – Toulouse – Bordeaux – Nantes – Paris.

La Une du journal l’Auto en 1903


Six étapes que se sont partagés Maurice Garin, Hippolyte Aucouturier et Lucien Pothier qui forment, en toute logique, le podium final.
Pourtant, dans les annales du Tour de France, le podium de 1904 sacre un certain Henri Cornet à peine âgé de 19 ans…


Fort de son succès et de ces 3000frs qu’empochera le vainqueur, la course devient le théâtre de tricheries et des coups tordus se multiplient tout au long des six étapes, qui se disputent en partie la nuit.

Au-delà des tricheries sportives, le millésime 1904 aura surtout été entaché par de nombreux incidents dont un certain public est responsable. Par chauvinisme local, selon les régions traversées, certains spectateurs s’en prennent aux coureurs pour favoriser leur petit favori. Dès le trajet Montgeron-Lyon, quatre hommes cagoulés, dans une Torpédo, tente d’attaquer Maurice Garin et son coéquipier, Lucien Pothier, qui ont à cet instant plus de 45 minutes d’avance sur le peloton. « On aura ta peau, Garin de malheur ! » lancent les nervis, relatent les journalistes
Pierre Chany et Thierry Cazeneuve dans La Fabuleuse Histoire du Tour de France (1983) écrivent : « A la 2ème étape : Lors de l’ascension du Col de la République, près de 200 supporters d’Antoine Faure, l’enfant du pays, tentent d’arrêter le peloton pour le favoriser. Les officiels de la course furent contraints de tirer en l’air à l’arme à feu pour repousser les bloqueurs. » Dans son livre Les petites histoires de la Grande Boucle, Jean-Paul Brouchon se souvient de la scène : « Soudain, d’autres spectateurs sortent des fourrés armés de gourdins et empêchent les autres coureurs de continuer leur route […] Nous voulons la victoire de Faure, clament les énergumènes. Garin, on veut ta mort. […] Les invectives pleuvent, suivies de coups. […] Des coups de feu se font entendre. C’est Henri Desgranges lui-même qui tire, bientôt imité par les rares passagers des voitures suiveuses. »
A la 3ème étape : Suite à la disqualification de Ferdinand Payan, les Nîmois lancent des pierres sur les coureurs.
A la 5ème étape : plusieurs portions de route sont recouvertes de clous de tapissiers et de tessons de bouteilles. Après ça, Maurice Garin aura ces mots : « Je vais gagner ce Tour de France si je ne suis pas assassiné avant d’arriver à Paris. »
Et c’est ce qu’il fit : Maurice fut bel et bien le premier à franchir la ligne d’arrivée du Tour de France1904 à Paris…

Le podium avant la disqualification


Le classement ne fut pas homologué avant le 2 décembre. Huit coureurs, dont les quatre premiers du classement général sont alors déclassés et même suspendus : on ignore les motifs précis des sanctions prononcées le 30 novembre par l’Union vélocipédique de France (UVF), mais les chefs d’accusation concernent notamment l’aide illicite de véhicules motorisés pendant la course.

Henri Cornet, cinquième du classement général initial, est ainsi sacré vainqueur. Quant à Maurice Garin, il hérite d’une suspension de deux ans, tandis que Lucien Pothier, 2e à Paris, est suspendu à vie (sa peine sera finalement allégée à trois ans de suspension et il pourra reprendre la compétition en 1907).

Au total, 29 coureurs sont disqualifiés.
Maurice Garin, en tête de file, fut accusé d’avoir pris le train pour gagner du temps et/ou pour avoir été ravitaillé (en d’autres termes avoir mangé…) hors des moments autorisés.
Pierre Chevalier reconnut avoir pris une voiture dès la première étape…
Ferdinand Payan utilisa une mobylette lors de la 2eme étape…
D’autres concurrents admirent avoir fait du stop à la faveur de la nuit…
Au total, 29 coureurs furent reconnus coupables de « violation des règlements » et disqualifiés.
Tous ces scandales découragèrent un temps Henri Desgrange, l’organisateur du Tour, de mettre sur pieds une 3ème édition de la grande boucle.
Mais Riton, le vélo, il l’aimait trop pour abandonner alors il modifia le règlement en instaurant le système des points encore utilisé aujourd’hui; système censé empêcher la triche.
En réaction aux spectateurs mal intentionnés qui attaquèrent les coureurs, ne laissant passer que les régionaux de l’étape, Henri Desgrange pensait priver de Tour, Saint-Étienne et Nîmes .
Finalement si Nîmes revoit le Tour l’année suivante, Saint-Étienne devra attendre 1950 pour revoir les coureurs.
Henri Cornet remporta donc le Tour de France 1904 à 19 ans. Il reste le plus jeune vainqueur de l’histoire du Tour
Quant à notre quinquagénaire, Henri Paret il terminera onzième à plus de 32 heures du vainqueur.

Tour de France 1904

Tous droits réservés : Cédric Desmaretz

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