La dernière coupe de champagne de mon enfance s’est brisée ce matin. Ma chatte Yuki n’a eu aucune pitié pour ce dernier vestige de mon enfance. Mes parents étaient des chineurs de haut vol et toujours, ils rapportaient, des différents marchés qu’ils écumaient le dimanche matin, de petits trésors venus du XIXe siècle.
J’avais 10 ans lorsqu’ils rapportèrent un ensemble de coupe en cristal de Saint-Louis. J’étais fascinée par le son argentin qu’elles émettaient lorque Maman les faisait chanter. Elles étaient au nombre de six, cinq très simples mais d’une élégance rare, la sixième travaillée et comble de bonheur, sa jambe creuse permettait au champagne de pétiller jusqu’au pied. J’aimais cette coupe et lorsque je fus en âge de boire ma coupe de champagne, Maman me la donna : c’était la mienne.
Les coupes se sont au fil des années, des déménagements, cassées, chacune laissait une petite cicatrice dans mes souvenirs. Mais la mienne, j’avais réussi à la préserver et chaque fois que je buvais dans cette coupe, tous mes souvenirs, mes bonheurs, mes sensations venus de mon enfance affluaient et une joie particulière m’envahissait, la joie de retrouver tous les miens aujourd’hui disparus.
Adieu ma coupe, sois le messager d’amour auprès de mes parents et de mon frère.
Tous droits réservés : Jeanne Bourcier.