Chapitre V : La Communarde
Pendant la Commune, André Léo et toutes les femmes militantes s’organisèrent, prirent part aux comités, aux combats, s’occupèrent des écoles comme Nathalie Lemel ou Elisabeth Dmitrieff, de l’instruction, principal combat d’André Léo, (comme de Noémie Reclus, d’Anna Jaclar, de Louise Michel entres autres…) qui devient présidente de la Commission féminine de l’enseignement, et prend part au combat pour une école libre, gratuite et obligatoire.
Membre du Comité des citoyennes du XVIIe arrondissement, elle publie dans Le Cri du Peuple l’appel aux citoyennes car pour elle la révolution ne se fait pas sans les femmes :

Elle collabore aussi à l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés fondés le 11 avril 1871 par Nathalie Lemel (1826-1921) et Elisabeth Dmitrieff (1851- ?1910-16 ou 18) qui, correspondante de Marx, appelait lors de la Semaine sanglante les femmes au combat : « Rassemblez toutes les Femmes et le comité lui-même, et venez immédiatement pour ALLER AUX BARRICADES. »
André Léo n’oublie pas les travailleurs des campagnes qui jugent La Commune à travers la propagande versaillaise et sous la signature Les Travailleurs de Paris, elle signe un appel aux travailleurs des campagnes : « Frère, on te trompe. Nos intérêts sont les mêmes. Ce que je demande, tu le veux aussi ; l’affranchissement que je réclame, c’est le tien. Qu’importe si c’est à la ville ou à la campagne que le pain, le vêtement, l’abri, le secours, manquent à celui qui produit toute la richesse de ce monde ? Qu’importe que l’oppresseur ait nom : gros propriétaire ou industriel ? Chez toi, comme chez nous, la journée est longue et rude, et ne rapporte pas même ce qu’il faut aux besoins du corps. A toi, comme à moi, la liberté, le loisir, la vie de l’esprit et du cœur manquent. Nous sommes encore et toujours, toi et moi, les vassaux de la misère. […] – ce que Paris veut, en fin de compte, c’est LA TERRE AU PAYSAN, L’OUTIL A L’OUVRIER, LE TRAVAIL POUR TOUS. »
Jules Claretie évoque cet appel dans Histoire de la Révolution de 1870-1871 : « Et, à cette même heure, un appel aux travailleurs des campagnes (rédigé, paraît-il par madame André Léo et M. B. Malon), sorte de ressouvenir des appels de Babeuf, […] (est) destiné à être distribué à cette France dont on attend le concours. »
Ces femmes, Lissagaray, dans Histoire de la Commune, leur rend hommage :
« Cette femme qui salue ou accompagne, c’est la vaillante et vraie Parisienne. L’immonde androgyne née des fanges impériales a suivi sa clientèle à Versailles ou exploite la mine prussienne de Saint-Denis. Celle qui tient le pavé maintenant, c’est la femme forte, dévouée, tragique, sachant mourir comme elle aime, de ce pur et généreux filon qui, depuis 89, court vivace dans les profondeurs populaires. La compagne de travail veut aussi s’associer à la mort. « Si la nation française ne se composait que de femmes, quelle terrible nation ce serait ! écrivait le correspondant du Times. Le 24 mars, aux bataillons bourgeois de la mairie du Ier arrondissement, un fédéré dit ce mot qui fit leurs armes. « Croyez-moi, vous ne pouvez tenir ; vos femmes sont en larmes et les nôtres ne pleurent pas. Elle ne retient pas son homme, au contraire, le pousse à la bataille, lui porte aux tranchées, le linge et la soupe, comme elle faisait au chantier. Beaucoup ne veulent plus revenir, prennent le fusil. Le 4 avril, au plateau de Châtillon, elles font le coup de feu. Les cantinières, simplement vêtues, en travailleuses. […] Au retour, elles battent le rappel des dévouements, les centralisent dans un comité à la mairie du X, affichent des proclamations touchantes : « Il faut vaincre ou mourir. Vous qui dites : Qu’importe le triomphe de notre cause, si je dois perdre ceux que j’aime, sachez que le seul moyen de sauver ceux qui vous sont chers, c’est de vous jeter dans la lutte. » Elles s’offrent à la Commune, demandent des armes, des postes de combat, s’indignent contre les lâches. « J’ai le cœur saigné, écrit l’une, de voir qu’il n’y a absolument que ceux qui le veulent qui combattent. Ce n’est point, citoyen délégué, une dénonciation que je viens vous faire ; loin de moi cette idée ; mais mon cœur de citoyenne craint que la faiblesse des membres de la Commune ne fasse avorter nos projets d’avenir. » André Léo, d’une plume éloquente, expliquait la Commune, sommait le délégué à la Guerre d’utiliser « la sainte fièvre qui brûle le cœur des femmes. »
A suivre …
Tous droits réservés : Jeanne Bourcier