Chapitre III : La militante

Veuve à 39 ans, André Léo ne pouvait faire vivre ses deux enfants avec ses romans, elle plaça donc André en pension chez un couple d’instituteurs. Elle entra chez Hachette et elle publia à partir de mars 1865 son premier roman en feuilleton : Le Divorce dans le journal Le Siècle ; puis L’Opinion nationale fit paraître en feuilleton son roman Aline-Ali, à partir de septembre 1868. Enfin elle était lancée comme romancière mais il manquait à son œuvre l’élan qui fera d’elle l’écrivain profondément engagé dans la cause féminine.

D’ailleurs en 1866, Jules Kergomard, qui lui consacre un long article dans Le Nain jaune, écrit « Libre penseur, l’auteur du Mariage scandaleux dit librement ce qu’il pense, et on perdrait son temps à essayer de lui faire, même dans l’intérêt de sa bourse et de sa renommée, modifier ou seulement déguiser sa pensée. C’est à prendre ou à laisser : sous l’écrivain remarquable, il y a une conscience sévère. […] ce talent grandira encore. Il est sain, calme, abondant, mais la force, sans lui manquer, ne s’est pas encore révélée […] l’on voudrait parfois un cri dans cette réelle éloquence. »

En 1878, Barbey d’Aurevilly fait un portrait peu flatteur d’André Léo, disant de manière féroce ce que Jules Kergomard avait ressenti dans l’écriture de cette femme discrète, modeste, fort éloignée de l’image que beaucoup se faisaient des bas-bleus : « Mme André Léo […] est un bas-bleu foncé, trop agglutiné dans son indigo, pour être jamais la créature enflammée et inspirée, qu’on appelle une grande artiste […] Elle y a suprêmement ce ton maîtresse d’école, faisant la classe à la Démocratie, cette enfant terrible qui a tant besoin de leçons ! »

C’est avec la Commune, en 1871, qu’André Léo trouva ce cri qui lui manquait.

André Léo n’est pas femme à devenir une mondaine que l’on s’arrache dans les Salons, dont les journalistes rapportent les moindres propos, relatent chaque déplacement. Certains ont cru qu’elle évincerait George Sand, mais en raison de son tempérament et de ses choix politiques, cela ne put se faire. Elle ne côtoyait pas le même monde, elle ne faisait pas parler d’elle, comme l’a écrit Barbey d’Aurevilly elle n’était pas une « artiste ».

En revanche, elle était une combattante, une militante, une femme capable d’abnégation pour la justice et le droit. Claire Bazard (1794-1883), précurseure du féminisme et fondatrice de la revue Femme nouvelle, écrivait à un ami : « André Léo est une rude femme, d’une grande intelligence, un esprit audacieux. Elle est bien notre enfant, mais elle sort de nous comme le chêne sort du gland. Là où nous autres pauvres femmes garrottées dans les mille liens du passé, ne faisions que des pas craintifs et incertains, elle marche vaillamment et à toute vapeur. En la lisant, je comprends une fois de plus la sueur de sang du Christ au Jardin des Oliviers quand il voit d’un côté toutes les iniquités qu’il vient combattre, et de l’autre ses disciples endormis. Oui, en la lisant, je regarde autour de moi et j’ai peur ! Peur pour elle, ce brave cœur qui va se trouver en face de toutes ces vieilles iniquités, et avec un petit nombre de disciples. Mais elle a pour elle le courage, la justice et la vérité. »

Les ouvrages d’André Léo sont lus comme des plaidoyers féministes. Les lectrices se sentaient comprises. André Léo avait été à bonne école avec son époux qui l’avait initiée aux idées de Pierre Leroux.

Pierre Leroux 1797-1871

En 1860, après leur retour de Suisse, le couple très ami avec Elisée, Elie et Noémie Reclus, fréquenta alors les Républicains et André Léo, en compagnie de Paule Minck (1839-1901) la journaliste et oratrice socialiste et de Louise Michel (1830-1905), la grande figure anarchiste, milite pour le féminisme.     

C’est après le décès de son époux qu’elle adhère à l’Association Internationale des Travailleurs, fondée à Londres le 28 septembre 1864.

28 septembre 1864. Fondation de l’Association Internationale des Travailleurs

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

Laisser un commentaire