Je relis la phrase d’Osée (10,12) » Si vous semez ce qui est juste, vous récolterez la bonté. » et je repense à ma vie. Ai-je semé ce qui est juste ?
Qu’est-ce que le juste ? Je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, j’ai toujours aimé les miens, j’ai toujours lutté contre ce qui me semblait injuste, j’ai cru en l’humanité, j’ai été sincère envers les gens que la vie à mis sur mon chemin, j’ai écouté, aidé comme je pouvais, est-cela le juste ? Ou bien ai-je semé l’injuste par mes colères, mes révoltes, mon indépendance, mon excentricité, mon parcours chaotique …
Je suis perdue car que me reste-t-il de tout cela ? Ma famille, mon seul refuge mais le monde extérieur pourquoi me tourne-t-il le dos ? Que lui ai-je fait ? Est-ce ma double culture qui gêne les gens ou qui me rend plus sensible au racisme, à l’injustice, au colonialisme, aux apartheids ? Quoi qu’il en soit, j’en ai fini avec les gens, je suis fatiguée de leur sourire, de leur parler, de les écouter.
L’hypocrisie que les gens manient avec art me fait mal, ils ne savent pas que le moindre de leurs gestes ou de leurs sourires, que leurs protestations d’amitié, que leurs paroles ne peuvent me cacher leurs pensées intimes. Je suis Le Lorgnon de Mme de Girardin : « Au moment de terminer ses voyages, Edgar avait rencontré au fond d’une petite ville de la Bohême, un savant inconnu du monde, et d’autant plus instruit, car il avait employé à son instruction le temps qu’on use ordinairement à la faire valoir. A la fois physicien, médecin, mécanicien, opticien, il était tout, excepté Bohémien. Cet homme étonnant, à force d’étudier les diverses propriétés de la vue, les variantes qualités du cristal, les mystères de la myopie et tous les secrets de la science oculaire, était parvenu, après bien des années, bien des travaux, bien des veilles, après ces longs jours de découragement qui servent de repos à la science, et ces heures enivrantes où l’imagination s’enflamme aux premières lueurs d’une découverte … après avoir plus d’une fois consulté le célèbre Gall et Lavater, après avoir endormi et réveillé plus d’une somnambule, il était parvenu, dis-je, à composer une sorte de verre si parfaitement harmonisé aux rayons visuels, qui reproduisait si fidèlement les moindres expressions de la physionomie, qui montrait d’une inanière si merveilleuse ces détails imperceptibles, ces fugitives contractions de nos traits causées par les divers mouvements de l’âme, que l’œil, aidé de ce flambeau, pénétrait la pensée la plus profonde, et traduisait, pour ainsi dire, la fausseté la plus intime. En un mot, le possesseur de cet antiprisme, de ce télescope moral, voyait aussi loin dans la pensée que l’astronome dans les cieux ; et quel que fût le masque qui recouvrît votre visage, vous n’aviez, à travers ce cristal délateur, que la physionomie de vos véritables sentiments. »
C’est une nouvelle absolument délicieuse que je vous invite à lire.
Tous droits réservés : Jeanne Bourcier
