André Léo a été redécouverte il y a une trentaine d’années et elle devenue la proie du féminisme. Je ne peux m’empêcher de penser qu’elle ne verrait pas les néo-féministes très souvent misandres, d’un très bon oeil.

J’ai eu la chance de la découvrir dans ma jeunesse lorsqu’elle n’était pas connue, quand tout le monde ignorait cette féministe et écrivain que la vie n’a pas épargnée. Aussi le texte que j’ai écrit sur elle est ma manière de lui rendre hommage comme à toutes ces femmes qui se sont battues pour une vraie liberté, pour une vraie éducation et non pour des récriminations de petites filles boudeuses.

Introduction

En cette époque où les femmes tentent de mettre à bas le patriarcat en féminisant le vocabulaire, en poursuivant les hommes qui ont eu le malheur de se laisser aller à la plus petite grivoiserie, en pourchassant le malheureux qui ose, parfois maladroitement, un compliment, en maudissant la moindre courtoisie …, il est bon de rappeler que des femmes ont existé, que des féministes se sont battues pour nos droits, pour casser l’image d’une femme jolie, coquette, frivole et gaie, soumise aux volontés de son père d’abord, de son mari ensuite.

Ces femmes, issues de tous les milieux, se battaient par la parole, les mots et une vie de militante et d’émancipatrice – non pas à la manière très sexualisée de nos néo-féministes mais intellectuellement. Leur arguments solides, réfléchis et imparables constituent les fondements de notre liberté actuelle.

Le XIXe fut un siècle de féministes actives dont les noms et les idées sont trop souvent oubliés, les arguments pillés sans scrupule par des féministes qui s’approprient leurs revendications.

André Léo fut l’une d’entre elles : romancière, militante socialiste, Communarde, féministe active et émancipatrice.

André Léo, pseudonyme de Léodile Béra, fut, en 1859, considérée par la critique comme la nouvelle George Sand. Elle venait de publier Un mariage scandaleux et Jules Claretie[1] écrivait à propos de ce roman : « Voici un livre dont le titre est heureux. Il provoque le regard, il attire l’attention, il crée aux yeux du passant cette sorte de feu d’artifice qui contraint les indifférents mêmes à ne pas le laisser inaperçu. Bonne fortune pour un ouvrage qu’un titre alléchant, mais fortune meilleure lorsque ce titre sert d’étiquette à un roman soigneusement écrit, profondément étudié et tracé de main de maître, comme Un Mariage scandaleux, de M. André Léo. André Léo ! j’ai depuis longtemps deviné que cette signature n’était qu’un pseudonyme, et, si j’osais, je vous dirais ici le véritable nom qu’il faut écrire à côté, mais à quoi bon ? […] Vous suffira-t-il de savoir que sous ce pseudonyme d’André Léo se cache une femme d’un nom respectable, d’un cœur excellent et d’un talent rare ? […] Tel est ce roman dans sa simplicité, dans sa nudité, allais-je dire. Car ai-je fait comprendre tout le charme que vous cause sa lecture ? Ai-je parlé de ces paysages animés d’une vie si pénétrante, de ces scènes champêtres que George Sand, le conteur de génie, pourrait envier ?

Un des grands mérites de ce livre, c’est non seulement l’émotion, mais la vérité. […] Ce sentiment de réalité si vive fait du Mariage scandaleux une des œuvres les plus attachantes que je sache. Je ne crains pas de le dire, il ne s’est point publié, depuis dix ans, quatre romans d’une aussi grande valeur. »

Jules Claretie a vu dans cet ouvrage, un roman de mœurs dans lequel une jeune bourgeoise désargentée s’éprend et se marie avec un paysan, soulevant la réprobation des familles. Le Poitou, ses paysages, la vie champêtre, c’est le monde de son enfance, de sa jeunesse : en effet, son enfance à Champagné-sur-Hilaire, dans la propriété familiale devait marquer à jamais son âme sensible.  Jules Kergomard[2], journaliste et ami d’André Léo, dans Le Nain Jaune du 3 Mars 1866, confirme ce besoin de Nature, ce besoin de s’éloigner des jeunes filles de son monde : « Une fois définitivement confinée à la campagne, elle n’aurait demandé qu’à y vivre librement. » Seules la lecture, l’écriture, l’observation du monde –et de ses injustices sociales – qui l’entourait, intéressaient cette jeune femme qui avait déclaré ne pas vouloir se marier.

Quant à Barbey d’Aurevilly, dans Antiques et Bleues, il écrivait en 1884 : « Le meilleur de ses romans fut un Mariage scandaleux, où elle remuait des masses de gens, sinon de choses ; mais ce roman, qui promettait quelqu’un, – une personnalité littéraire – n’a pas tenu sa promesse. » 

Ah ! Il n’était pas tendre Barbey avec les femmes qui écrivaient, qui se battaient pour de meilleures conditions de vie, qui prenaient la parole dans des réunions publiques ! Mais rassurons-nous, il n’était pas le seul.   


[1] Jules Claretie : (1840-1913) écrivain, dramaturge, chroniqueur, historien et critique

[2] Jules François Marie Duplessis Kergomard, dit Gustave de Penmarch (1822-1901) : journaliste, poète et chansonnier. Marié, en 1863, à Marie Pauline Jeanne Reclus (1838-1925), sœur de Noémi Reclus (1828-1905), toutes deux cousines germaines des frères Reclus. Noémi épousera son cousin Elie en 1855.

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

2 réflexions sur “André Léo

  1. Merci pour cette découverte.

    J’achève la lecture d’Un mariage scandaleux et ma satisfaction à l’égard de ce roman est celle qu’on ressent pour une oeuvre surprenante et, pour ma part, méconnue.Je ne méconnais pas les féministes du milieu XIXe et la société de l’époque encore moins, alors j’apprécie la finesse descriptive d’André Léo sur le personnage de Lucie en lutte d’émancipation, sur les rythmes campagnards ou la bourgeoisie provinciale étriquée, hyprocrite et chez qui l’argent régne en maître.Les sentiments des personnages, les comportements sociétaux nous sont précisément révélés : la lente naissance de l’amour, ses incertitudes, son exposition aux qu’en-dira-t-on et médisances.On s’esclaffe de la façon dont les piplettes Bourdon et Boc se délectent des cancans et les propagent, de la bêtise d’un Gorin mélangeant mots et expressions.On sourit à la perfection morale de Lucie et Michel, de leur idéal. N’était-ce les brutales aventures de l’ingénieur Gavel (Léo sait nous faire comprendre que là est le vrai scandale), on ressentirait une certaine mièvrerie dans le récit. Un happy end attendu et une qualité d’écriture indéniable laissent une bonne impression sur l’ensemble.

    Grâce à vous, j’ajoute Léodile Béra à ma connaissance de George Sand, de Jenny d’Héricourt ou de Louise Michel…

    B. Jacquet

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  2. Oh ! Cela me fait réellement très plaisir
    Je suis toujours très heureuse d’apprendre qu’un auteur sort de l’oubli et surtout qu’il donne à son lecteur de la joie. Or c’est le cas pour André Léo dont l’œuvre est oublié au profit de sa lutte féministe et communauté.
    Merci à vous

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