Courbet peintre, Courbet Communard, Courbet « bon bougre », Courbet provocateur, exilé mais aussi chef de file du mouvement réaliste : Bonjour Mr Courbet. Ce n’est pas une étude mais un portrait de celui qu’André Delvau appelait « le maître peintre », le retrouver à travers les écrits, les témoignages de ceux qui l’ont connu.

Défendu par Baudelaire et Castagnary, aimé par les uns, détesté par les autres, il est un de ceux qui ont marqué le XIXe siècle. Exilé en Suisse, il a su s’y faire des amis, vivre une nouvelle vie loin de sa famille et de ses amis, continuant à peindre et à vendre, il a accepté cette nouvelle vie car il assumait ses choix. Le scandale, la provocation ne lui ont jamais fait peur, il assumait les conséquences de sa fougue et de ses enthousiasmes.

A mon père

En dehors de l’artiste, la figure de l’homme a un côté intéressant et fort curieux. Son caractère, ses goûts, son existence de bohème, de chasseur, de paysan, sa transformation soudaine en chef d’école s’improvisant ensuite en personnage politique, en farouche révolutionnaire et en membre de la Commune, méritent de fixer l’attention

Gustave Courbet : notes et documents sur sa vie, son œuvre.

Comte H. d’Ideville

Chapitre I

Bonjour, Monsieur Courbet

Aux alentours des années 1850, le journaliste et bohème Alfred Delvau se laisse aller à ses rêves en fumant, assis dans l’Andler Keller, la brasserie Andler que l’on nommait alors du nom allemand keller, le cellier à bière. L’homme qui tenait cet établissement, situé rue Hautefeuille à Paris, était un Bavarois apprécié pour sa jovialité et sa galanterie que tolérait son épouse, une Suissesse sortie d’un tableau de peinture flamande. Vers 22h, entre un homme « superbe » et Delvau laisse la parole à Théophile Silvestre, un historien et critique d’art venu tard dans la profession et qui a laissé un ouvrage reconnu : Histoire des artistes vivants français et étrangers dans lequel il écrivait en 1856: « Courbet est un très beau et très grand jeune homme âgé de trente-six ans et demi. Sa remarquable figure semble avoir été choisie et moulée sur un bas-relief assyrien. Ses yeux noirs, brillants, mollement fendus et bordés de cils longs et soyeux, ont le rayonnement tranquille et doux des regards de l’Antilope. La moustache, à peine indiquée sous le nez aquilin, insensiblement arqué, rejoint avec légèreté la barbe déployée en éventail, et laisse voir des lèvres épaisses, sensuelles, d’un dessin vague, froissé, et des dents maladives ; la peau est délicate, fine comme le satin et d’un ton brun, olivâtre, changeant et nerveux ; le crâne de forme conique, cléricale, et les pommettes saillantes marquent l’obstination… » Oui, Courbet était beau, tous s’accordent à le dire et ses nombreux autoportraits confirment le fait qu’il savait s’apprécier. Jules Breton, le peintre poète tant reconnu au XIXe siècle, a lui aussi tracé un portrait de Courbet dans Nos Peintres du siècle : « On trouvera d’ailleurs étrange que le peintre qui se proclama l’initiateur de l’art nouveau n’eût encore étudié jusque-là, que dans les musées. Courbet, il faut enfin l’appeler par son nom, n’était pas d’ailleurs un homme ordinaire ; loin de là. Il avait d’admirables dons de nature, ce bourgeois-campagnard madré et naïf à la fois, plus naïf qu’il ne le croyait lui-même, lorsqu’il souriait dans sa barbe luxuriante ; car il fut toujours le jouet de son entourage. A ce vainqueur, à ce vert hâbleur, on fit faire toutes les folies. Mais sa malice lui fit parfois tirer parti même des sottises. Son immense vanité fut son génie. Elle s’imposa et le jeta dans des aventures où, à côté des chutes grotesques, il eut de magnifiques réussites. Ce n’est pas sans raison qu’il dit un jour de Castagnary : « Ce garçon-là a raison de faire mon éloge, ça le fait connaître ! »

Physiquement, pour ceux qui l’ont vu dans sa jeunesse, la bonne fée qui dut être sa marraine l’avait favorisé d’un charme singulier. Robuste et de haute taille, le cou fort, le poil brillant et souple, le front bas et simple de plans, les yeux de belle agate, des yeux de taureau admirablement enchâssés, le nez droit, le bout légèrement infléchi avec une grâce voluptueuse ; la bouche fine aux coins retroussés, délicieusement ombragée sous la barbe élégamment plantée et lustrée, le teint bruni à point par un riche soleil, Courbet, la première fois qu’il m’apparut, évoqua en moi l’image d’un antique pâtre chaldéen. Il s’est lui-même, à plusieurs reprises, portraituré avec une grande séduction, notamment dans l’Homme à la Pipe, rien que la tête et un bout de main, toile délicieuse comme un pur Corrège ; car son pinceau, si brutal à barder lourdement les copieuses rondeurs de ses baigneuses, avait des grâces spéciales pour son usage particulier. »

L’homme à la pipe (vers 1849)

Et Max Claudet, son ami sculpteur et céramiste qui vivait à Salins-les-Bains, a lui aussi laissé ses Souvenirs. Gustave Courbet dans lesquels il rappelle la beauté du peintre : « Gustave Courbet était un robuste Franc-Comtois ; sur ses larges épaules était posée une superbe tête. Il avait de beaux yeux, fendus comme ceux des Assyriens ; son nez était bien dessiné et sa bouche fine et railleuse. Il avait une barbe magnifique, et ses cheveux, bien ondulés, encadraient cette belle et expressive figure d’artiste. »

A suivre …

Tous droits réservés : Jeanne Bourcier

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