La nudité des Femens me consterne et je me demande où ces femmes ont été pêcher l’idée que se secouer les mamelons devant des badauds pouvait faire avancer la cause féministe ? Cette idée totalement incongrue de hurler des slogans sur son vagin ou sa sexualité me laisse pantoise !
Lorsque j’étais jeune, en 1975, la Phallocratie était le mot à la mode, il fallait à tout prix extirper ce mal qui rongeait les petits garçons, mal qui leur venait essentiellement de leur géniteur. Tous les moyens furent expérimentés. Je m’en souviens d’un que j’avais trouvé particulièrement imbécile : prendre un garçonnet de 3 ans voire 2 ans et demi, le jucher sur un tabouret devant l’évier, lui imposer le lavage de la vaisselle du repas familial, lui faire essuyer, et une fois la tâche terminée lui expliquer le pourquoi du comment il s’était retrouvé devant une pile d’assiettes sales. Il fallait aussi que les jeunes filles comprennent que tout mâle était un danger en puissance, qu’il fallait éviter le péril masculin en étant libre de son corps : tout cela était bien confus pour les innocentes que nous étions et cela donna lieu à des séries d’avortements plus ou moins bien vécus.
Voilà le problème majeur des femmes : la grossesse non désirée. L’homme a du plaisir sans risque, la femme a du plaisir à ses risques et périls. Injustice de la Nature, de Dieu ou de tout ce que l’on veut certes mais cette inégalité doit-elle entraîner des actions anti-hommes ? Après tout les hommes aussi sont concernés par ces grossesses surprises, car il est bon de rappeler que tous ne prennent pas la poudre d’escampette à l’annonce d’une future naissance. Combien d’hommes se sont retrouvés époux et père sans l’avoir désiré, combien ont assumé ce rôle, sacrifiant des études, un amour, une passion…et oui comme les femmes ! Contraception et avortement ont été le combat des couples et non de la femme seule, mais il ne reste dans l’imaginaire collectif qu’une vision de combat féministe face à la toute puissance masculine. Les puristes trouveront que j’exagère de ne pas évoquer le combat pour la contraception masculine ! Oh ! la solution est simple : La vasectomie, une opération très en vogue chez les antinucléaires allemands de la fin des années 70. Oui, la planète ne pouvait que sombrer sous la menace de l’uranium, c’est pourquoi, en toute conscience, ils préféraient la stérilité.
Et si les immondes salauds décrits par les féministes étaient les équivalents des immondes salopes décrites par les machos ?
Certaines des revendications des femmes « libres » des années 70 me laissaient sans voix comme celles-ci qui restent des modèles du genre : « Prolétaires de tous les pays… qui lave vos chaussettes ? » et « Les balais au feu ». Ces chaussettes et ces balais me donnaient une piètre image d’une relation amoureuse ! Comme quoi la vie d’un couple ne tient vraiment à rien ! Soyons sérieux, la lutte féministe ne peut s’arrêter à de misérables soucis ménagers : une femme met, dans la machine à laver, les chaussettes de son mari, compagnon ou concubin, faut-il aussitôt faire un rapport circonstancié sur le machisme du pauvre type qui a peut-être mis la veille, toujours dans cette même machine, la petite culotte de son épouse, compagne ou concubine ? Le balai au feu, certes mais en quoi cela changera la situation de la femme de vivre sans balai ? Tout ce folklore me paraissait et me paraît toujours, plus de 40 ans après, être un leurre, le véritable combat féministe est principalement lié à la lutte de classes, aux acquis sociaux et donc à l’émancipation féminine. Les femmes ont eu et ont toujours leur place dans le combat pour une vie meilleure. Palmyre Bazard, féministe saint-simonienne, écrivait en 1830 à propos des Trois Glorieuses : « L’œuvre commencée en 89 s’achève; en trois jours la France a réduit en poussière ce qui n’était déjà plus que ruines, l’église spirituelle et le trône féodal; et par toute l’Europe son exemple est suivi. Mais tandis que les esprits s’agitent au milieu des décombres, tandis qu’une grande régénération, prête à s’opérer, met en mouvement tous les sentiments, toutes les activités, que font les femmes ? que font-elles, surtout dans cette France qui donna le signal ? Hélas! femmes de France, répondez-moi; c’est une femme qui vous parle : que faites-vous? … (…) femmes de France à qui nous nous adressons; nous disons : Émancipation des classes pauvres, qui sont les plus nombreuses ; Association universelle ; Égalité sainte de l’homme et de la femme (…) Les privilèges de la naissance, telle est la cause de la détresse et de la guerre; … (…) Femmes que j’avais vues si belles et si heureuses, là où nulle place ne vous était interdite, parce que vous partagiez tous les travaux; … (…) Ne craignez point de vous élever au-dessus de cette place obscure que vous occupez; croyez-moi, vos époux, vos frères ont assez de cet amour d’esclaves qui laisse peser tout entier sur eux le soin des destinées humaines; courage ! venez en prendre votre part, ce n’est point une usurpation que nous vous proposons en vous parlant ainsi. Faites qu’ils ne posent plus toujours le pied les premiers pour préparer le chemin, … ». Il s’agit bien dans ce texte d’un appel au combat, d’une incitation à se prendre en charge, d’un engagement à prendre une place égale à celle de l’homme dans la lutte contre l’injustice sociale !
Autre grande figure du combat féminin : Claire Démar. Féministe saint-simonienne elle aussi, elle s’est battue pour l’émancipation de la femme, se suicidant à 34 ans par désespoir de ne jamais voir la femme affranchie d’un joug établi par des législateurs : « La révolution dans les mœurs conjugales ne se fait pas à l’encoignure des rues ou sur la place publique pendant trois jours d’un beau soleil mais elle se fait à toute heure, en tout lieu, dans les loges des Bouffes, les cercles d’hiver, dans les promenades d’été, dans les longues nuits qui s’écoulent insipides et froides comme on en compte tant et tant sous l’alcôve maritale; cette révolution-là mine et mine sans relâche le grand édifice élevé au profit du plus fort, et le fait crouler à petit bruit et grain à grain comme une montagne de sable, afin qu’un jour, le terrain mieux nivelé, le faible comme le fort puisse marcher de plain-pied et réclamer avec la même facilité la somme de bonheur que tout être social a le droit de demander à la société. Ce sont douleurs et combats que les hommes aussi bien que les femmes doivent s’empresser de faire disparaître pour le bien de tous. »*
Pour cette pionnière du féminisme, le combat se fait au côté des hommes et dans le cadre social comme pour toutes ces féministes issues du monde du travail. Les bourgeoises seules se battaient pour la liberté de leur vagin.