10/ Elles ont 80, 70 ou 60 ans, ces femmes que l’on pourrait confondre avec des jeunes femmes voire des jeunes filles. Je ne comprends pas trop ce qui se passe dans la cervelle d’une Jane Fonda ou d’une Cher et encore moins dans celle d’une Donatella Versace ! Pensent-elles pouvoir arrêter le temps ? Leurs rides de vie leur font-elles si peur ou si honte ? Et moi à 63 ans qui suis-je ? Quelle image ont ceux qui me croisent ou me connaissent ? J’ai le visage que la vie m’a donné et je n’en suis pas mécontente. Il a vécu ce visage et c’est mon compagnon, celui qui me rappelle chaque joie, chaque chagrin qui ont parsemé mes longues années.
Je revois Maman, dans son cercueil, son visage délivré à jamais des marques de souffrances que la vie lui avait réservées. A 58 ans, sa peau de pêche, que j’aimais tant embrasser, conservait à jamais sa fraîcheur et sa douceur, quelques petites rides marquaient le coin de ses yeux qui plus jamais ne m’offriraient ce bouquet de myosotis qui m’accompagna chaque jour de ma vie, je n’entendrai plus son rire, je ne sentirai plus son parfum qui envoûtait au point que des inconnues l’arrêtaient dans la rue pour lui demander son secret.
La cercueil s’est refermé sur son visage jeune et serein, que jamais aucun bistouri, aucune crème extravagante n’avaient touché et les poupées de cire médiatiques continuent à croire qu’elles vivent.
Tous droits réservés : Jeanne Bourcier