Par amour, très tôt après son mariage, il avait renoncé à sa passion : la course de rallye. Ce fut un déchirement certes mais il contourna ce manque par une conduite dite sportive. Et sportive, elle devait l’être cette conduite puisque l’accoudoir de la place du mort était déchiré par les ongles de ceux qui montaient à ses côtés.
Le stress de son épouse, les cris de ses enfants, rien n’y fit. Il aimait cette sensation grisante de la vitesse, le crissement des roues dans les virages, les changements de vitesse rapides et saccadés, les dépassements non autorisés par le code de la route et même les dépassements illicites.
La route des vacances, pour ce passionné de conduite, n’était pas celle des flaneurs ou des curieux, ses enfants ne chantaient pas : « Le ciel est bleu, le soleil brille, c’est les vacances… ». du Manège enchanté. Le départ était chronométré, ainsi que les différentes étapes de la route : pause pipi, gasoil, pause déjeuner : il était intransigeant sur l’horaire. C’est lors d’un de ces trajets d’été, qu’il réussit à faire décoller sa voiture !

Sur une de ces Nationales françaises qui n’en finissent pas, il était facile, à une certaine époque, de rouler à grande vitesse, en revanche lorsqu’un pékin avait la fâcheuse idée de respecter les limitations de vitesse, il fallait prendre son mal en patience. Notre impulsif coureur automobile se vit, un jour, retarder par un de ces conducteurs respectueux du code de la route, et cela sur des kilomètres. Le pied sur l’embrayage, le nez au cul du pépère, il tentait nerveusement de le doubler ! Alors excédé par ce qu’il qualifiait de « peine à jouir », il fit ce que peu de conducteurs osaient faire : il doubla par la droite ! Il existait encore, dans les années 80, des sortes d’arrêt d’urgence en friche, qui ressemblaient vaguement à une aire de repos mais l’on ne s’y arrêtait qu’à contre-coeur. Pour notre conducteur, ce fut la solution qui lui permettrait de rattraper le temps perdu. Il prit l’embranchemnt qui le menait sur ce terrain, accéléra pour enfin dépasser, par la droite donc, ce malotru qui l’empêchait de respecter son horaire seulement un trou dans la chaussée fit décoller la voiture et son fils cogna sa tête contre le plafond de la voiture, au point d’en être étourdi. Mais rien ne pouvait l’arrêter dans sa course folle et il réussit, in extremis, à déboucher devant le pékin qui ne demandait rien à personne.
C’était l’époque heureuse où les conducteurs avaient encore une certaine liberté.
Tous droits réservés : Jeanne Bourcier
Ouf j’ai eu chaud je m’attendais au pire. La chute innatendue m’a fait sourire et rassurée . Merci pour ce récit, si bien inspirée chère Jeanne qui me régalez sans fin 🙋😏🙂
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Merci très chère Marieanne,
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